Tourner la page

« C’est violent »
« C’est violent » me dit une amie.
« C’est d’une grande violence ».
Je voudrais lui dire « Oui, mais ce n’est pas la guerre non plus, faut pas exagérer » mais mes larmes m’en empêchent.
Je pleure. C’est assez rare me concernant mais je pleure.
Il faut dire que mon amie a partiellement raison : ce que je vis m’est violent. A l’échelle des catastrophes du monde, ce n’est rien du tout, mais à l’échelle de ma petite vie à moi, c’est tout de même assez violent : je tourne une page.
Une page de ma vie.
Avez-vous remarquer combien il était douloureux et énergivore de tourner une page ?
Que ce soit une relation sentimentale qui s’arrête, le décès d’un proche, un changement de travail ou un simple déménagement, c’est douloureux.
Des chercheurs ont même quantifier la douleur ressentie lors d’une séparation sentimentale : la même que si on vous arrachait une jambe !…
Impressionnant tout de même.
Me concernant, par chance, je n’en suis pas là, mon couple va bien, heureusement.
Mais je tourne une page quand même.
Et bien que je sais parfaitement que je fais de la résistance au changement, c’est douloureux quand même. Dans ma vie aux nombreux changements de lieux, je ne pense pas être restée plus longtemps qu’à cet endroit qu’on me demande de quitter…
…et de quitter seule.
Je n’ai pas la joie de partager l’empaquetage des cartons de déménagement avec des amis ou collègues, je suis seule.
Débrouille-toi ma chérie, et surtout ne viens pas nous embêter, nous on a du boulot !…
Pas grave, je m’en sortirai. Comme toujours.
Je sais que l’Humain est un être avec une capacité d’adaptation gigantesque. Et malheureusement il y a bien plus malheureux que moi sur cette planète, des milliers de personnes obligées de s’habituer à la dictature, à vivre dans des camps, à quitter tout ce qu’ils connaissent pour migrer dans des pays où ils ne seront pas les bienvenus au nom de traits imaginaires écrits sur une carte géographique et qui délimitent des frontières…
En comparaison, ma situation est ridicule.
Savez-vous que, sans les apprécier, évidemment, les déportés des camps de concentration ont réussi à vivre des instants heureux dans ces camps de la mort ?… Lire ceci dans un témoignage (« J’avais vingt ans à Ravensbrück) a transformé ma conception de la vie et de l’Humanité. Nous nous habituons à tout, même au pire.
Moi qui ai vécu les confinements successifs avec un grand bonheur, je vais même m’habituer au déconfinement… 😉
Selon mon amie, je ne suis pas la seule à avoir du mal avec cela… 😉
C’est si bon d’avoir des amies… 😊
Amicalement,
Joy
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