Mur, mur, mur !

Fleur décorative

Ses collègues m’en avaient parlée rapidement mais…

Disons que je ne m’attendais malgré tout pas à cela…

Quand je rencontre Latifa, je sais déjà qu’elle est franche. Ses collègues, pouffant de rire, m’ont déjà prévenue. « Vous allez voir ! ».

La franchise, je connais, je suis plutôt franche moi-même donc je connais.

Mais là, avec Latifa, ce n’est pas de la franchise, c’est une écorchée vive que je découvre. Le moindre fait, la moindre parole, la moindre absence de parole, tout est détourné, amplifié, rejeté !…

Au moindre mot elle saute déjà en l’air et agresse aussitôt son interlocuteur, quelqu’il soit. Que ce soit moi… ou un autre…

J’avais déjà rencontré des personnes comme cela, mais peut-être pas à ce point.

Tout en Latifa hurle « Respectez-moi ! » mais elle est la première, sans même s’en rendre compte, à manquer de respect à tout son entourage.

Elle n’écoute même pas ce que lui disent les autres : elle réagit.

Elle croit comprendre et n’est que dans l’émotion pleine et entière. Totalement.

Et si on cherche à l’écouter, à la comprendre, elle, elle réagit également avec agressivité, mettant un terme à toute discussion avec une remarque rabaissante indiquant que si vous n’avez pas compris, c’est que vous êtes vraiment débile, parce que « même » Untel(le) a compris… je crois bien que le mot « même » m’a encore plus choqué que son comportement me concernant, moi qui étais donc celle qui n’avait pas compris.

La première rencontre avec Latifa est difficile. Pas agréable de se sentir ainsi agressée…

La seconde, je l’ai expérimenté comme un bon moyen de mettre à profit mes lectures sur la méditation et je l’ai observée m’agresser, sans me sentir réellement concernée, plutôt comme un journaliste ou un témoin extérieur. (Et je reconnais que c’est une méthode très efficace pour se protéger !).

La troisième fois, j’ai réalisé combien elle agressait tout le monde, pas seulement moi, et j’ai ressenti de la tristesse pour elle. J’ai repensé au livre sur la Communication Non Violente « Les mots sont des fenêtres ». Et j’ai regardé Latifa et j’ai pensé « Mur ! Mur ! Mur ! »…

Cette femme est incroyable combien elle met de murs entre elle et les autres. Sur tout, tout le temps. Ou quasi tout le temps. Car entre deux agressions, elle s’est radoucie et a évoqué avec moi un de ses projets personnels : « J’attends de voir mon entretien professionnel avec mon patron et si cela se passe mal, je pars dans tel pays ! »…

Je n’ai pas osé répondre, de toutes façons les gens comme Latifa n’écoutent pas. Mais je voulais lui dire : « Latifa, cela ne sert à rien. Vous pourrez partir à l’autre bout du monde que vous y retrouverez les mêmes personnes. Le problème ce n’est pas votre patron, vos collègues ou même moi. Le problème est en vous. C’est vous qui construisez sans cesse des murs entre vous et les autres. Vous. »

Je n’ai rien dit. J’ai bien pensé lui conseiller la lecture d’un livre sur la Communication Non Violente, je pense que cela lui ferait vraiment du bien. Mais je n’ai rien dit.

Peut-être demain ?…

Amicalement,

Joy

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