Noeuds ou filaments

Fleur décorative

Une chanson de Zaz m’a fait prendre conscience que ce qui restait de nous à notre mort c’était juste les liens entre nous et les autres. Si on m’annonce le décès de quelqu’un, ma réaction va être différente selon la grosseur du lien qui nous relie et selon la nature de ce lien. Si je n’ai aucun lien avec la personne en question, je vais me dire « C’est triste pour elle, c’est triste pour sa famille » et normalement je ne devrais plus y penser plus que cela (sauf si c’était une mort jeune et/ou particulièrement horrible, et surtout si j’adore tomber dans le pathos car la dramatisation des événements me fait ressentir vivante, mais bon, là je ne serai plus très saine d’esprit alors passons ce cas…).

Imaginons maintenant que j’ai un vague lien avec cette personne. Ce n’est qu’un tout petit filament qui nous relie. Je vais être plus impactée que si c’est un inconnu qui est mort. Mais si le lien qui nous unit est une grosse corde bien solide, là je vais être dévastée… ou très heureuse, c’est selon. Cela dépendra de la nature du lien qui nous unit.

Car si la personne décédée était mon tortionnaire, notre relation pouvait être très forte mais je serai ultra heureuse que cette personne meurt enfin.

C’est ce qui arrive souvent dans les couples quand la veuve devient tout à coup vivante, vibrante et sa joie de vivre (éteinte sous les coups ou les humiliations) transparaît enfin.

(Messieurs, si vous ne voulez pas que votre compagne se réjouisse de votre mort, traitez-la bien de votre vivant…) 😊

De ma petite théorie il apparaît donc qu’il est important de tisser des liens avec les autres. Un maximum d’autres. Car c’est cela qui nous rend vivant. Un petit compliment, une petite salutation au commerçant qui me reçoit. C’est trois fois rien mais c’est beaucoup.

(Et ne me demandez pas pourquoi je refuse systématiquement de passer par les « caisses automatiques »…)

Mais parfois, on veut créer un lien avec une personne mais cette dernière vous « renvoie dans vos 22″… C’est à dire que, plutôt qu’accueillir gentiment (ou de façon neutre) votre tentative de lien, elle vous envoie valdinguer d’une remarque amère.

Et je connais beaucoup beaucoup de personnes qui réagissent comme cela.

Exemple : vous dîtes : « Bonjour, belle journée n’est-ce pas ? ».

Réponse neutre : « Bonjour ».

Réponse positive : « Bonjour, oui, vous avez raison, il fait beau ».

Réponse négative : « Ah la la, parce que vous vous trouvez qu’il faut beau ? Avec tout ce qu’on entend de nos jours ?… »

Le reproche effleure à peine dans la réponse : comment pouvez-vous être suffisamment égoïste et inconscient pour oser supposer qu’il fait beau ?

Bref, vous vous sentez un peu moins bien qu’avant à cause de cette réponse.

Et selon votre attachement envers cette personne, vous pouvez en avoir soit rien à faire… soit être très éprouvé par cette réponse.

J’appelle ce genre de réponse des élastiques. Vous avez fait une tentative d’amarrage en jetant un petit lien mais c’était un élastique et la personne en face vous la rejette au visage. Et forcément, si on vous jette une ficelle ou une grosse corde, ce n’est pas pareil. La douleur n’est pas la même.

Dans le même ordre d’idée, les trahisons sont des cordes qui se transforment en élastique. Votre meilleur ami et vous, c’était du costaud, une belle amitié durable quand soudain, paf ! Votre lien que vous croyiez sacré se transforme en élastique et vous revient dans la tête !…

C’est d’autant plus violent que votre lien était fort. Comme si vous étiez soutenu du haut d’une falaise par une corde solide et finalement elle ne l’était pas du tout et vous vous écrasez au sol. Boum.

Une autre réflexion intéressante sur le sujet consiste à examiner un peu les liens qui se forment entre un téléspectateur et un présentateur d’émission de variétés, ou un ado scotché à son écran et son youtubeur favori, ou un fan à sa star de la chanson… Qu’importe, le genre de relation qui ne se fait que dans un sens… Un peu comme si vous jetiez des ficelles contre un écran. La ficelle tombe… Vous vous tenez toujours vos ficelles mais l’écran ne tient pas l’autre bout. Votre présentateur favori, votre youtubeur favori, votre star préférée ne retiennent pas l’autre bout de la ficelle. Ils ne savent même pas que vous existez. Ou si peu.

Pourtant si les magazines people vous annoncent qu’il leur est arrivé tel ou tel événement tragique, vous allez vous ressentir cette douleur pour eux. Vous allez compatir. Mais ce ne sera que dans un sens.

Aussi je préfère créer des liens avec des « vraies » personnes de mon entourage.

Ce n’est pas toujours évident. Il faut commencer avec des petits rien. Mais ces petits riens sont importants car ils consolident les ficelles. Et avec beaucoup de ficelles on finit par construire des cordes solides.

Et la solitude se brise peu à peu en créant des liens. Pour cela il faut des rendez-vous réguliers même si ce n’est pas évident au début.

Pas à pas.

Démarrer peu à peu.

Alors si vous vous sentez seul, avec qui pourriez-vous créer un lien ? Dans quel lieu pourriez-vous vous rendre régulièrement ? Un bar ? Une bibliothèque ? Une salle de sport ? Ou si vous avez déjà un réseau virtuel, peut-être pourriez-vous proposer de vous voir « pour de vrai » ? 😊

Amicalement,

Joy

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