Le fil de la pelote

Fleur décorative

Me voici coincée pendant une journée entière avec quatre inconnus. Notre programme est chargé mais trois pauses sont prévues, en comptant la pause déjeuner (qui, en France, ne dure pas que quelques minutes).

Mes quatre compagnons se connaissent. Du moins ils travaillent pour la même société et doivent à ce que je comprends se retrouver régulièrement pour des réunions sur un site ou sur un autre.

Deux d’entre eux sont même collègues du même site.

Pourtant la première pause se  passe et personne ne parle.

Personne.

Chacun est assis dans un coin collé à son écran de téléphone…

Cela me surprend. A quoi sert de s’être sorti indemne de la crise du coronavirus et des différents confinements qu’a vécu le pays en 2020 et 2021 si c’est pour rester chacun de son côté ?

Mais non, personne ne parle.

Alors je prends sur moi et je me décide à briser leurs bulles. L’un d’eux a même mis des écouteurs (tellement discrets que je ne les avais pas devinés), pour écouter un podcast ou de la musique je suppose…

J’adore la musique, j’en écoute en permanence. Mais profiter des autres pour partager avec eux est sympa aussi.

Et si j’ai également quelques podcasts que j’adore et que j’aime écouter, l’avantage justement de ces émissions-là est qu’on peut les écouter au moment où l’on souhaite, pas pile au moment où elles passent à la radio…

Alors j’interromps.

Je profite des rares informations que je connais sur mes interlocuteurs pour engager la conversation sur un terrain neutre :

« Untel, vous qui venez de la ville XYZ, est-ce vrai qu’elle a été élue la ville la plus ensoleillée du pays ? Qu’en pensez-vous ? »

Et voilà Untel obligé de lever les yeux de l’écran et de me répondre, puisque j’ai utilisé son prénom.

J’avais peur qu’il m’en veuille, d’interrompre ainsi sa solitude, mais non, il ne fait pas la grimace et me répond aimablement.

Mieux, les autres s’en mêlent et participent à la conversation.

Rebondissent : « Ah oui ? Moi j’avais entendu que… »

Notre conversation part dans un sens, puis dans un autre. C’est ce justement ce que j’aime dans les conversations. Je tire une ficelle de la pelote mais j’ignore toujours quelle sera la couleur du fil un peu plus loin.

Il suffit de tirer le fil.

Il suffit de savoir trouver le fil de la pelote.

Et oser le tirer.

Là je l’ai tiré, j’ai lancé une conversation, n’importe laquelle, et elle a rebondi sur d’autres sujets que je n’attendais pas particulièrement mais qui me conviennent parfaitement : mon but était de créer un lien, une cohésion autour d’une discussion commune et j’ai réussi. 😊

Mieux : l’un des interlocuteurs n’est pas dupe et me fait la remarque : « Depuis quelques années les gens se sont repliés et n’interagissent plus entre eux », me dit-il.

Même si nous n’avons eu que de la « petite conversation » comme disent les anglophones, au final j’aurais réussi à tirer mes quatre compagnons de leur téléphone et personne n’en semble déçu.

Au contraire. A l’émotion de leur voix quand nous nous quittons je sais qu’ils ont apprécié notre journée passée ensemble.

Tous les cinq mais ensemble.

Amicalement,

Joy

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