Il suffit d’un(e)

Journée du harcèlement : on me dit que dans le questionnaire fourni aux enfants des établissements scolaires se trouve la question « Mangez-vous souvent seul(e) ? ».
Excellente question ! Me suis-je dit.
« Mais, si je mange seul je ne suis pas harcelé ? » me répond l’enfant.
« Non, peut-être pas, mais si tu es seul pour aller manger, c’est probablement parce que tu n’as pas de copains. Et si tu n’as pas de copains, tu es isolé donc différent, et les crétins qui harcèlent choisissent plus facilement celui qui est isolé du groupe, celui qui n’est pas intégré ».
Et nous voilà dans ma vie d’adulte. Bien loin d’avoir le loisir de penser que c’est la journée du harcèlement, je suis en train de courir après le temps dans ma vie professionnelle.
En déplacement chez des clients sur plusieurs jours, je rencontre des personnes différentes chaque jour et je cours cours cours pour avoir le temps de finir ce que je dois faire dans la journée dans le temps qui m’est imparti.
C’est assez stressant et je n’ai pas le temps de nouer des relations avec qui que ce soit.
Autrement dit, pour me faire des copains, je repasserai !…
Lors de la pause méridienne, dans le restaurant d’entreprise, en passant devant une personne isolée que je ne connais pas, je lui souris.
Un grand, un vrai sourire. Un sourire d’être humain qui est juste heureux d’apercevoir un autre être humain.
Pendant deux secondes j’ai une légère crainte. Est-ce que la personne va avoir peur ? Se torturer pour savoir si elle me connaît ou craindre que je lui demande quelque chose ? Non. Elle me rend un beau sourire.
Je suis contente. Je ne connais pas cette personne. Peut-être est-elle la plus heureuse au monde mais peut-être aussi se sent-elle très seule et mon sourire lui aura embelli sa journée.
Finalement faute de place je ne mange pas avec mes clients du jour. D’ailleurs ils ne sont pas particulièrement accueillants…
Mais malheureusement le manque de temps m’empêche d’essayer de les apprivoiser. Certains sont assez agressifs mais je cours après le temps alors j’avance, j’avance…
La journée se termine et je suis épuisée. Trop, beaucoup trop de travail et pas une seconde pour créer un lien avec mes clients.
Par hasard, je me retrouve dans le transport en commun du retour… juste à côté d’un client de la veille. Il n’était donc pas dans le groupe du jour, mais je le « connais ». Nous engageons une conversation.
« Alors ? Comment ça s’est passé ? Mes collègues d’aujourd’hui ne sont pas les plus faciles, n’est-ce pas ? »
Je réponds sur le manque de temps qui n’a pas faciliter nos relations non plus et nous bavardons aimablement.
De tout, de rien.
Et, arrivée chez moi, je me sens déjà délivrée d’une partie de la tension accumulée toute la journée.
Tout simplement grâce à la conversation anodine et neutre avec cet homme.
Il aura suffit d’une personne pour que je retrouve ma bonne humeur.
Comme j’espère, peut-être, que mon unique sourire dans le restaurant d’entreprise aura ensoleillé un peu la journée de la dame inconnue.
Il suffit parfois de peu pour aller mieux. Juste une personne.
Et si c’était vous ?
Amicalement,
Joy
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