Que restera-t-il ?

La reprise du travail après un long moment « off » m’est difficile.
Des pensées vrillent sans cesse en moi : « Mais que fais-je là ? »… avec cette envie de tout foutre en l’air habituelle dans ces moments-là.
Mais je me raisonne. J’ai de la chance : en général j’aime mon métier.
Ce n’est qu’un mauvais passage, un temps d’adaptation.
Alors je me concentre tant bien que mal sur mes tâches professionnelles.
Ce qui me pèse le plus c’est l’absence de relations humaines. Le travail semble s’être déshumanisé.
« La faute au télétravail » me dit-on.
« La faute aux profits » pense-je. Car à quoi bon aller sur site (pour ceux qui peuvent télétravailler) si c’est pour le faire dans un lieu déshumanisé où il est interdit ne serait-ce que de laisser un stylo sur une table et où les personnes présentes courent dans tous les sens car débordées ou bien sautent de « réunion virtuelle » en « réunion virtuelle » ?
Pas de temps pour des pauses communes. Tout le monde est oppressé.
Alors le soir, après le travail, je m’évade dans la lecture.
Je lis.
Et dernièrement j’ai enfin lu un livre conseillé il y a plus d’un an par une collègue. Une collègue que je croise jamais et avec qui je n’ai aucun lien de travail.
C’est bien simple : je ne me souvenais ni de son prénom ni de son nom.
Par courtoisie, comme j’ai adoré ce livre (« L’assassin royal » de Robin Hobb), je décide de retrouver sa trace pour lui envoyer un petit message de remerciement. (Nous ne sommes physiquement pas au même endroit).
Alors je fouille, j’enquête… et je retrouve son nom et son prénom.
C’est déjà cela.
Alors je cherche à la contacter via le « tchat » interne. Elle n’apparaît nulle part.
Par mail alors ?… Pas plus de traces…
Dépitée, je me dis qu’elle a dû quitter la société.
Et même si je ne la connaissais quasiment pas, je me sens un peu triste.
Voilà, on s’était croisées, on avait un peu sympathisé, échangé deux-trois conseils et hop !… C’est fini.
Et voilà ce qu’il se passera avec chacune de nos relations. Qu’on se sépare suite à une démission ou un décès un jour, qu’on soit proche ou qu’on se connaisse à peine.
Nos vies se croisent, se mêlent plus ou moins et c’est fini.
Et que restera-t-il à la fin ?
Rien, quasiment rien.
Un vague souvenir qui s’estompera peu à peu…
Et moi je reste là et je m’interroge : ai-je été une bonne personne pour cette ancienne collègue dans le peu qu’elle m’a croisée ? Quelle était la qualité de notre lien ?
Nous nous sommes peu croisées, mais je pense avoir été une bonne « humaine » pour elle.
C’est finalement cela qui restera : la perception de l’autre, le lien que nous aurons su nouer avec Autrui…
…Les souvenirs qui nous resteront.
Alors toi qui m’a croisée, si par hasard tu me lis, merci. Merci pour les échanges que nous avons eus. 😊
Amicalement,
Joy
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