Les maladies graves, une dernière chance pour apprécier la vie ?

Ma journée de travail prend fin. Une de mes clientes s’attarde et attend visiblement que tous les autres s’en aillent.
Effectivement, une fois seules, elle s’adresse à moi et me remercie pour la qualité de mon travail. Ses compliments semblent sincères (et elle me répète plusieurs fois qu’ils le sont), son ton est parfois dithyrambique. Elle insiste beaucoup sur les qualités propres à ma profession que selon elle je maîtrise parfaitement.
Ce n’est pas la première (et j’espère pas la dernière) à me faire de tels compliments, cependant je les apprécie d’autant plus que la semaine a été rude et que je sais, comme cela se passe souvent dans les entreprises, que ma hiérarchie, elle, oublie souvent de me féliciter pour mon travail.
Je remercie donc poliment et je lui réponds que ces remerciements et ces paroles douces me touchent profondément. Ma cliente insiste et dit qu’elle parle au nom des autres clients présents ce jour-là : « Nous en avons discuté entre nous et nous avons vraiment apprécié votre prestation », etc, etc.
Peut-être a-t-elle l’impression qu’elle en fait trop car soudain elle se fige et se répand en excuses : « Oh, excusez-moi si je vous parais intrusive… »
Je la rassure que non, pas le moindre du monde, mais la voici déjà qui continue et qui m’explique comment, une quinzaine d’années auparavant, elle a été victime d’un cancer. Hospitalisée, pensant qu’elle ne pourrait jamais re-travailler, elle reçut de nombreux messages d’amitié de ses collègues. Elle me dit : « Ses collègues, jamais je ne leur avais dit combien j’avais apprécié de travailler avec eux. »
Et elle conclut : « Je me suis promis que, si je m’en sortais, si je gagnais mon combat contre le cancer, plus jamais je garderais pour moi tout le bien que je pense des personnes que je rencontre »…
Évidemment, son discours retentit comme un écho en moi. Moi aussi je me suis promis de tout faire pour être heureuse et rendre mon entourage heureux suite à une maladie grave (de quelqu’un de proche).
Et cela me rappelle l’une des anecdotes racontée par le Dalaï-Lama dans « l’art du bonheur » : comment un homme atteint d’une maladie vitale avait enfin compris où était l’essentiel de la Vie et combien il avait enfin ressenti le « bonheur ».
Avoir une maladie grave n’est évidemment pas agréable… mais peut-être est-ce un peu moins douloureux si on utilise cette expérience pour apprendre, enfin, à savoir apprécier la vie ?…
Amicalement,
Joy
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