Le vieux cycliste

J’attends au feu rouge.
Les voitures passent devant moi et escaladent la pente sans même avoir l’air de faire un effort.
Forcément, ce sont des voitures. Et la route a beau être pentue, elles roulent quand même.
Mais cet homme âgé, sur son vélo, peine probablement plus et pourtant rien à son apparence laisse deviner que l’effort est intense.
Je l’admire.
Il passe devant moi, ainsi que plusieurs voitures. Le feu passe au rouge pour eux, au vert pour moi.
En traversant la chaussée, je m’interroge soudain : pourquoi suis-je pleine d’admiration pour ce vieux cycliste, et à son égard extrêmement positive, sachant que, si c’était moi qui étais sur ce vélo, je me sentirais probablement ridicule à monter cette forte pente ?
Et que se passe-t-il dans la tête de ce vieux cycliste ? Est-ce que ses pensées sont positives envers lui-même et son effort physique ? Ou bien est-il en train de se dénigrer (comme je le ferais probablement moi-même à sa place) ? Ou bien a-t-il l’intelligence de ne pas tout ramener à son petit nombril et pense-t-il tout simplement à autre chose ? 😉
Ma réaction surtout me surprend : pourquoi suis-je admirative envers ce cycliste (ce qui est positif) alors que j’ai tendance à être très critique envers moi-même dans la même situation (négatif donc) ?
En y réfléchissant, je me dis qu’à l’adolescence, j’aurais eu tendance à me moquer du cycliste, comme, je suppose, la plupart des adolescents mal dans leur peau. Je m’imagine en train de ricaner et de trouver un trait d’esprit méchant pour faire rire mon groupe d’amis aux dépens du cycliste…
Peut-être n’aurais-je pas réagi ainsi, mais peut-être que si…
Avec le recul, je me dis que c’est normal : dans mon enfance et mon adolescence, j’ai été entourée d’une famille facilement moqueuse et très critique. N’ayant connu à cette époque que des adultes, comme mes parents, qui jugeaient, méprisaient et critiquaient en permanence, comment aurais-je pu ne pas agir comme eux ? Et cet apprentissage précoce m’est resté : habituée à entendre mes proches critiquer méchamment dans leur dos tout un chacun, j’ai toujours supposé que, quoique je fasse, les autres allaient se moquer de moi cruellement.
D’où mes propres jugements négatifs à mon sujet en m’imaginant moi sur le vélo…
A l’inverse, depuis de longues années maintenant, je m’entraîne quotidiennement à me focaliser sur le positif et je souligne le bien et les qualités de ceux et celles qui m’entourent… D’où mon réflexe d’admirer ce vieux cycliste…
Finalement, sachant que pour être heureux nous aimons être apprécié(e) par nos pairs, il nous suffirait d’apprendre à être positif envers notre entourage. Car en agissant de la sorte, on s’entraînerait à être positif également envers nous-même…
Je suis sur le bon chemin, et vous ? 😊
Amicalement,
Joy
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