« La dame apprécie sûrement le développement durable »

Fleur décorative

Déplacement professionnel.

Je suis toute seule.

Pour occuper ma soirée, je suis allée au cinéma apprécier un film étranger comme je les aime tant.

Maintenant, il est assez tard et j’ai vraiment la flemme d’aller dîner au restaurant. Alors je file dans un restaurant sans prétention que j’ai repéré où sur la vitrine sont écrits en gros les mots « Sur place ou à emporter ». Une fois n’est pas coutume, je vais emporter.

En attendant que ma commande soit prête, je regrette déjà un peu ma décision : j’ai un livre sur moi (comme toujours) pour me tenir compagnie et ce restaurant est agréable. Je m’y sens bien. Et surtout, surtout, j’anticipe tous les déchets plastiques qui rempliront la poubelle une fois mon dîner fini.

Mais c’est trop tard, je vois déjà la restauratrice sortir un sac plastique et y engouffrer des éléments de polystyrène. Ca doit être pour moi.

J’ai un peu honte. Tout cela parce que j’avais envie de manger toute seule peinard dans la chambrette avec kitchenette dans laquelle je loge. Et je me sens tellement fatiguée…

Avec un peu de mauvaise conscience et de mauvaise foi, je justifie intérieurerement mon choix par un prétexte fallacieux : « Je me sens fatiguée, qui sait si je n’ai pas le covid ou autre chose ? Peut-être que si je mangeais ici je contaminerai tout le monde ? »

Je m’en amuse moi-même. C’est juste que je suis ce soir très paresseuse. Tellement que je n’ai même pas le courage de dire à la restauratrice que j’ai un sac sur moi. J’en ai toujours un sur moi. Tant pis, je la laisse remplir son sac en plastique.

Par contre quand je l’entends me demander si elle doit me donner des couverts en plastique, là je réagis véhémente : « Non non ! Merci, j’ai tout ce qu’il faut ! »…

Et c’est vrai que dans la kitchenette, pourtant pas bien riche, de l’hôtel où je réside, je vais réussir à dégoter une fourchette et une petite cuillère…

Je la vois alors qui prépare des serviettes en papier : « Non, pas de serviette, merci, j’ai tout ce qu’il faut ! » et là pour le coup je suis fière de moi car j’ai pensé en bouclant ma valise à rajouter une serviette de table en tissu, la plus légère qui soit. Pas de papier, pas de gâchis.

J’entends la dame derrière moi dire à son compagnon : « La dame apprécie sûrement le développement durable ». Ce n’est pas à moi qu’elle s’adresse mais j’entends comme un compliment dans sa bouche. Je prends mon sac, salue et m’en vais, me demandant si sa remarque avait pour but de rabaisser son compagnon. « La dame apprécie, elle ! »… Je ne sais pas.

Mais je suis tellement fatiguée que je ne dis rien. Je pense juste en moi-même que pour le coup, la dame que je suis est très nulle en développement durable ce soir. Car mon plat n’est pas végétarien et il est caché dans du polystyrène. Si j’avais voulu agir un peu mieux pour la planète, je n’aurais pas choisi un plat avec de la viande et j’aurais consommé sur place pour éviter la production de déchets…

Mais la dame est fatiguée…

La dame va aller se coucher et elle essayera de faire plus pour le développement durable dès demain, promis !

Amicalement,

Joy

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