L’esclavage affectif

Je reprends la lecture longtemps délaissée du livre sur la Communication Non Violente (CNV) de Marshall B. Rosenberg : « Les mots sont des fenêtres ».
Je dois avouer que je lis avec lenteur, petit bout par petit bout, pour le faire durer. Comme avec des mets exquis.
Ce livre me plaît de plus en plus. Tout ce que j’y lis (je suis encore vers le début) me transcende de joie. Comme si enfin une personne avait su trouver une solution pour que cessent les conflits de ce monde, les petits et les grands.
Bref…
Là, l’auteur parle de ce qu’il appelle « l’esclavage affectif ». En lisant ces mots, je comprends soudain pourquoi, plus que d’autres, je suis heureuse. Car c’est un piège que j’évite soigneusement.
Ecoutez-le :
« Lors de la première phase, que j’appelle l’esclavage affectif, nous sommes persuadés d’être responsables des sentiments des autres. Nous pensons devoir en permanence nous efforcer de faire plaisir à tout le monde. Si les autres paraissent mécontents, nous nous sentons responsables et obligés d’y remédier. »
Je lis cela et je m’exclame intérieurement : « Mais quelle horreur ! »…
Comment survivre ainsi ? Persuadé d’être responsable de tout le monde ? Non non non, chacun pour soi !… On peut aider, conseiller les autres, mais après c’est leur choix. Moi qui écris ce blog sur le bonheur, j’ai parmi mes proches une personne merveilleuse que j’adore et qui est hautement dépressive. Régulièrement cette personne sous-entend qu’elle pense au suicide. Et régulièrement je lui rappelle que ce serait vraiment dommage, que moi je l’adore et que je sais ne pas être la seule. Mais que puis-je de plus ? Je ne peux pas prendre sur moi tous les sentiments des autres. A chacun de s’assumer. Et inutile de chercher à faire plaisir à tout le monde. Nous sommes tous différents. Nos goûts sont différents. Même en cherchant à faire plaisir aux autres il y a toutes les chances du monde qu’on se trompe. Soit parce que nos goûts diffèrent, soit parce que oui, nous adorons tel élément mais là, non merci, nous n’en avons pas envie, ou aurions voulu le choisir nous-même ou autre.
Je me souviens de mon dessert préféré que, pour me faire plaisir, une amie très chère préparait systématiquement quand elle me recevait… A la fin je ne voulais plus voir ce dessert en peinture !… J’étais saturée ! Même les meilleures choses peuvent nous agacer au bout d’un moment. Pourtant elle voulait me faire plaisir…
Donc non, non, non, à bas l’esclavage affectif (et l’esclavage tout court) !
Vous êtes responsable de VOS sentiments. C’est déjà beaucoup. Essayez donc d’être et de rester heureux. Quoiqu’il arrive. Qu’il pleuve, que vous soyez sans emploi, sans toit, sans amour ou sans amis. Ou tout à la fois. Essayez d’être bien, vous. Les autres sont responsables d’eux-mêmes. Vous pouvez les aimer, le leur dire, mais vous ne pouvez pas vivre leur vie à leur place.
Certaines personnes sont fabuleusement douées pour voir tout en gris.
C’est LEUR problème. Pas le vôtre.
Suis-je insensible ? Dans un sens oui. Parce que je sais que je ne peux aider les autres qu’en étant heureuse moi-même. Et me sentir responsable des sentiments de tout le monde est impossible. Il me serait impossible d’être heureuse ainsi.
Alors je m’occupe d’être heureuse. Parfois ce n’est pas si simple déjà.
Et en étant heureuse, je peux m’occuper des autres, essayer de leur rendre le sourire.
Mais pas vivre leurs sentiments à leur place.
Amicalement,
Joy
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