La vision des autres

Dîner entre amis.
Le cuisinier, un ami, présente son plat aux convives autour de la table en précisant qu’il ne « l’a pas beaucoup assaisonné, car je sais que Joy n’aime pas quand c’est épicé. »
Je bondis. Quoi !?! Moi !?! Et puis quoi encore ? J’adore quand les mets sont épicés, quand ils arrachent la bouche et que la gorge est en feu.
Je suis vexée. Pourtant je suis rarement vexée. Bon, cela n’a aucune incidence sur le repas entre amis et très vite je n’y pense plus, mais la remarque m’a vexée sur le moment.
Alors quoi ?… Plusieurs jours après, j’y repense : pourquoi ai-je réagi ainsi ? De façon si véhémente, à chercher à me défendre et à prouver que j’aime la nourriture épicée ?…
Après tout, je pourrais être une inconditionnelle de la nourriture fadasse sans rien qui la relève, qu’est-ce que cela changerait ? Il y a bien des adultes qui cuisinent comme s’ils aimaient manger des petits pots pour bébé…
Est-ce mon côté « macho », pour montrer que non, je ne suis pas une chochotte et que je ne crains pas quand ça arrache ?…
Bof. Peut-être… Alors quoi ? Etais-je vexée qu’on me montre ainsi du doigt ? Sous-entendu : « Le plat n’est pas relevé et je sais que ce ne sera pas réussi mais plaignez-vous à Joy, c’est à cause d’elle que j’ai cuisiné ainsi »…
Peut-être. C’est toujours un peu délicat d’être montré du doigt, comme un vilain petit canard. Même si, connaissant le cuisinier, ce n’était certainement sans aucune intention méchante.
L’injustice alors ? Parce que c’est d’autant plus dérangeant d’être montré du doigt quand on n’est pas fautif ?… J’ai l’impression qu’on touche au but. Oui, c’est probablement cette injustice (sans importance, on est totalement d’accord sur ce point), qui m’a vexée.
Mais quoi d’autre encore ? Le fait d’être mise dans une case ? D’être étiquetée ? « Joy : 100% n’aime pas épicée » ?… Probablement aussi. Je n’aime pas être définie. Ni par mes goûts alimentaires, ni par rien. Même pas par mon sexe. Une femme de mon entourage, d’un certain âge, était choquée que « de nombreux jeunes refusent de se définir comme des hommes ou des femmes »… Elle m’a assénée cette phrase (entendue sur BFM TV ? (ironie)) en s’attendant à ce que je sois également choquée. Mais cela n’a fait que m’inviter à la réflexion : comment me définissais-je ? Ben pas plus que ces personnes… Même si j’ai le corps d’une femme, je ne me sens pas « femme ». Ni « homme » d’ailleurs. Je suis moi, point. Je suis qui je suis. Je n’aime pas être définie. Pas d’étiquette. Pas de religion, pas de couleur politique (même si je n’aime pas le bleu marine, c’est moche comme couleur) 😉
Je suis moi, point.
Et je n’aime pas les étiquettes. Alors c’est gentil de penser à mes pseudo-goûts alimentaires, mais je suis assez grande pour ne pas manger si je n’aime pas sans enquiquiner mon monde…
C’est quand même étrange cette histoire… Moi qui pensais me définir comme « Ne se vexe pas facilement », finalement il va falloir que j’enlève cette étiquette-là de mon autoportrait…
Comme quoi on ne se connaît jamais réellement soi-même non plus… 😉
Amicalement,
Joy
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