La solitude

Fleur décorative

« Tu ne peux pas comprendre : moi je suis seule ! » me scande mon interlocutrice, 75 ans.

Car oui, comme 25% des personnes de plus de 75 ans vivant en France, elle vit seule. Mais elle n’est pas aussi seule que d’autres car je sais qu’elle fait partie de plusieurs réseaux : familial, amical, de voisinage…

Oui, l’isolement, accentué par les confinements et les couvre-feux, n’est pas facile à vivre. Oui, c’est dur.

Mais, est-ce que réellement je ne peux pas comprendre ?…

Je réfléchis à la question… Je plonge dans mes souvenirs… Pourquoi cette notion de solitude extrême me parle ?… Tout simplement parce que je l’ai vécue aussi.

Seule, sans famille, sans amis, à une époque où Internet existait à peine et n’était connu que de certains initiés, isolée dans un pays étranger, loin de mes amis, de ma famille, trop pauvre pour pouvoir participer aux sorties de ceux qui auraient pu devenir de nouveaux amis, apeurée, oui, apeurée par les autres, la rue, tous ces gens qui m’entouraient et que je pensais focaliser sur moi et sur ma solitude.

Je me souviens de mes larmes, de jours entiers sans voir personne, cloîtrée chez moi à pleurer roulée en boule sur le parquet.

Je me souviens également du « Tût tût tût… » dans le combiné quand cette même interlocutrice m’avait raccroché au nez (le téléphone à l’époque, ça coûtait cher, très cher) en me lançant un catégorique : « Oh ! Tu nous ennuies avec ta déprime ! »…

Je ne lui en veux pas. Elle ne savait pas, à l’époque, ce qu’était la solitude. La solitude extrême.

Maintenant elle sait.

Et moi ? Moi je prends soin de toujours m’entourer. J’adore être seule. Vraiment, j’adore cela. Ma propre compagnie m’enchante. Mais j’adore les autres également. Et je me régale à passer du temps avec eux. Et peut-être ai-je compris l’importance d’être bien entourée, d’avoir un réseau dense. Familial si on le peut, mais ce n’est pas donné à tout le monde. Alors amical. Et de voisinage aussi. Et ceux et celles avec qui on partage un loisir, des goûts communs.

Une de mes amies s’est créé un super réseau de copains et copines en se basant sur leurs passions communes. Et depuis ce réseau « virtuel » est devenu un véritable réseau « humain » puisqu’ils se sont rencontrés plusieurs fois et leur amitié perdure et se renforce jour après jour.

Alors oui, la solitude, ce n’est pas toujours drôle. A petite dose c’est sympa. Mais imposée comme la situation sanitaire nous l’impose, c’est vraiment moins chouette. Mais patience, j’ai espoir que tout redevienne comme avant (mais en mieux) très bientôt…

Et quand la « vraie vie » aura repris ses droits, peut-être certains d’entre nous pourrons s’interroger et se demander comment faire pour rompre leur solitude ?

Amicalement,

Joy

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