« Ce n’est pas à mon âge que je vais changer! »

Conversation anodine avec une personne plus âgée que moi.
Elle se plaint d’un fait. En général, elle se plaint ne pas savoir faire quelque chose. Au choix : parler anglais, prendre soin d’elle, cesser de s’inquiéter pour rien, voyager, qu’importe le sujet. C’est toujours la même rengaine : sa vie est limitée parce qu’elle ne sait pas faire quelque chose ou, qu’au contraire, elle ne sait pas cesser de faire quelque chose de néfaste.
Et moi naïvement de dire : « Et si vous appreniez…? »
Et alors là, LA phrase arrive, toujours la même : « Ce n’est pas à mon âge que je vais apprendre / changer / modifier ma façon de vivre… »
« Ce n’est pas à mon âge… »
Fin du débat, fin de la discussion. Avec cet argument imparable, Autrui me donne un signal clair : tu ne peux pas me comprendre, tu es plus jeune que moi, je suis condamné à ne pas changer, ma vie est un calvaire, plains-moi et surtout, garde tes suggestions pour toi.
Depuis la lecture de la théorie « Mars-Vénus » de John Gray, je sais combien parfois notre interlocuteur a juste besoin de « parler » sans écouter de conseils, certes. Mais tout de même…
Est-ce vraiment raisonnable de se réfugier régulièrement derrière ce parapluie magique qu’est l’âge ?
Et surtout : est-ce vrai ?
Hé bien non. Je lisais récemment qu’une étude scientifique a étudié les cerveaux des chauffeurs de taxi londoniens. En gros, pour pouvoir se repérer dans le labyrinthe des rues de Londres, ces personnes avaient des ères de leur cerveau bien plus développés qu’un sujet normal.
Alors, devient-on chauffeur de taxi parce que notre cerveau est développé de cette façon ou est-ce l’inverse ?
Hé bien non seulement c’est l’inverse, mais surtout, ce développement des parties du cerveau peut s’effectuer à tout âge… En clair, à la base, un chauffeur de taxi se repère dans une ville aussi bien que tout autre personne. Mais, peu à peu, à force de pratique, à force de circuler fréquemment dans les rues, il développe une perception plus fine de l’enchevêtrement des axes routiers que tout autre être humain. Son cerveau se modifie.
Ce phénomène s’explique par la plasticité du cerveau. Le cerveau humain a cette capacité à se modifier au fur et à mesure des expériences et de la pratique. Et ce, quelque soit notre âge.
Alors cessons de nous cacher derrière ce prétexte bidon : non, ce n’est pas parce que vous avez cet âge-là que vous ne pouvez pas apprendre de nouvelles choses ou modifier votre façon de vivre. C’est parce que vous n’essayez pas que vous n’y arrivez pas. C’est tout.
Et par pitié, cessons l’autre rengaine : « à mon âge, on apprend moins vite qu’à 20 ans. » Oui, peut-être. Je ne sais pas. Mais une personne âgée a de l’expérience qu’une personne de 20 ans n’a pas. Et est donc capable d’apprendre plus vite en faisant des rapprochements, des comparaisons entre ce qu’elle sait déjà et ce qu’elle ne sait pas encore. C’est à dire qu’en termes d’apprentissage, nos méthodes sont toutes différentes, mais qu’au final nous avons tous une excellente capacité à apprendre.
Alors n’hésitons pas. Apprendre un peu aujourd’hui, c’est s’autoriser à vivre mieux demain.
Amicalement,
Joy

