Enterrement : y aller ou pas ?

Fleur décorative

Bonjour,

Récemment, j’ai été confrontée à une série de décès. Chose, qui, dans notre société où la Mort est tabou, reste rare. Non pas que le fait que ce soit tabou il y ait moins de mort qu’ailleurs, mais juste que puisque personne n’en parle, il faut que ce soit des personnes proches qui décèdent pour qu’on se retrouve de fait concernés.

Donc paf, paf et re-paf. En 15 jours, me voici « invitée » officiellement à trois enterrements…

J’utilise un ton léger ici pour ne pas avoir à vous faire revivre ces heures noires, mais j’avoue que ce n’a pas été une période drôle et j’ai été très très affectée. Aujourd’hui = jour anniversaire du premier décès, cela fait deux mois jour pour jour et je n’arrive toujours pas à oublier, à « réaliser ». Mais, hop, comme dirait Achille Talon. L’objet de l’article n’est pas mon chagrin mais les enterrements.

Je reprends donc : convié à un enterrement, y allez-vous ou non ?

Pour ma part, j’y suis allée. Mais je n’ai pas toujours choisi cette option. En effet, plus jeune, je claironnais que je n’irai à aucun enterrement (sauf le mien) et, de fait, je ne suis donc pas allée à ceux auxquels j’aurais dû aller à cette période. Pour moi, se déplacer dans un cimetière pour honorer la personne que j’ai connue et appréciée était une ineptie puisque, de son vivant, je n’ai jamais fréquenté cette personne dans le dit cimetière. Enfin, pour ma part, car si vous êtes croque-mort, forcément, c’est différent.. 😉

Donc à mes yeux d’adolescente et de jeune adulte, je me disais : le cimetière ne correspond pas à l’image bien vivante que j’ai de cette personne, donc je ne vais pas au cimetière. Quitte à me recueillir ailleurs, à un endroit où, oui, effectivement, nous avions des souvenirs communs.

A l’époque, ma réponse à la question était donc « non, je n’y vais pas ». Depuis, j’ai mûri. Et j’ai réalisé que le fait de se déplacer à un enterrement ne servait pas à consoler le mort qui, effectivement, n’est plus conscient de qui est là ou pas puisqu’il est mort et, qu’en bonne athée, je considère qu’il n’y a rien après la mort. Alors que je sois à l’enterrement ou non, selon moi, la personne décédée ne s’en rend pas compte.

Mais dans mon raisonnement de gamine, j’avais oublié un élément essentiel : les autres sont là.

De fait, je ne l’avais pas oublié. Je m’étais dit : les autres sont là pour cancanner et commérer sur qui vient et qui ne vient pas, qui a du chagrin et qui n’en a pas. Et, avec l’esprit rebelle qui caractérise la jeunesse, je m’étais dit « Fuck, je fais ce que je veux. »

Sauf que, même si peut-être il existe encore des personnes qui n’ont rien d’autre à faire que de juger et critiquer, quand maintenant je dis « les autres sont là », j’ai pris conscience d’un autre côté de l’affaire : « les autres qui sont malheureux » sont là. Et partager notre chagrin nous fera du bien. Cela nous permettra d’adoucir notre douleur en prenant conscience que cet horrible drame ne nous accable pas nous et uniquement nous, mais aussi tous les autres qui ont connu et aimé l’être disparu.

Un exemple : si, notre pays étant de culture catholique, les deux premiers enterrements ont eu droit à une messe, le 3e n’en a pas eu. Le défunt étant aussi athée que moi. Du coup, nous avions rendez-vous sur la place du village pour aller ensuite, en cortège, suivre le convoi funéraire jusqu’au cimetière. Par rapport aux 2 premiers enterrements, presque personne…

Cela m’a attristée. Réellement. Ne connaissant pas les amis du défunt, qui faisait lui partie de ma famille, je ne pouvais pas évaluer si, de fait, il ne connaissait personne, ou si personne n’était venu. Mais cela m’a attristée. Et c’est avec ce sentiment pénible que j’ai fait tout le trajet jusqu’au cimetière.

Et, arrivés là, soudain, j’ai vu des personnes, et puis d’autres, et encore d’autres. Des dizaines et des dizaines de personnes attendaient là, à l’entrée du cimetière. Je n’avais pas réalisé que le rendez-vous sur la place du village ne concernait que la famille, mais que les autres, tous les autres, s’étaient donné rendez-vous au cimetière.

Et vous savez quoi ? La vue d’autant de personnes, venues se recueillir, venues lui rendre hommage, m’a réconfortée. Malgré le chagrin, j’ai ressenti comme un baume qui descendait le long de ma poitrine et qui adoucissait ma peine.

De voir autant de personnes, comme cela, qui avaient pris le temps de se déplacer, et de venir là, dans ce petit cimetière de province, dire au revoir au disparu, me soulageait. Pour moi, c’était comme un aveu « Oui, nous l’avons aimé, oui, notre amitié a embelli sa vie de son vivant, ne sois pas triste, il a eu une belle vie, nous étions tous là, il a vécu heureux. »

Et à quoi sert cette vie, si ce n’est à partager des moments heureux avec les autres ?

Alors, pour en revenir à la question du titre : me concernant, je vais aux enterrements. Non pas pour le défunt, mais pour ses proches, pour leur dire « vous n’êtes pas seuls à souffrir, nous aussi nous l’aimions ».

Mais je ne jugerai pas ceux qui n’y vont pas, à chacun son histoire personnelle et ses convictions. 😊

Amicalement,

Joy

PS : et pour vous tous que j’ai connus et qui êtes décédés, sachez que je pense à vous et que je vous aime.