Une valise

Fleur décorative

Face à moi la valise vide.

Que vais-je mettre dedans ?

Quelques habits, forcément. Et de quoi dormir aussi. Des produits d’hygiène, brosse à dent, dentifrice, brosse à cheveux…

Mais quoi d’autres ?

Un livre électronique, forcément. Comment pourrais-je être heureuse sans ?…

Mais qui dit livre électronique dit chargeur et câble.

Et donc électricité.

Cela tombe bien, car là où je vais j’aurais tout le confort moderne : j’aurai un accès à l’eau potable, de l’électricité, un toit au-dessus de ma tête, un lit et même un radiateur.

Mais forcément je ne peux m’empêcher de penser à tous ceux qui n’ont pas ce luxe et qui se retrouvent obligés de prendre la route et de fuir avec parfois qu’une unique valise.

Ou pas d’ailleurs.

Mais s’ils peuvent emmener un sac avec eux, qu’emmènent-ils ?

Que de choix douloureux.

Des photos ? Des diplômes ? Des actes de propriétés ?…

Que se passe-t-il dans leur tête ? Comment peut-on choisir ainsi en se disant qu’on ne reviendra peut-être jamais plus ? En se disant que notre logement, notre paysage d’enfance sera peut-être réduit à néant par des bombes lancées par d’autres humains ?

Ou que peut-être c’est la mort qui nous attend sur le chemin ?

La mort pour nous, ou pour nos proches à qui nous donnons la main.

Comment peut-on choisir dans ces conditions ce que nous allons emmener avec nous ?

Comment remplir cette valise ?

Comment faire tant de choix ?

Tant de choix douloureux à laisser nos souvenirs, notre passé derrière nous ?

Je m’imagine les pleurs, la hâte, les cris peut-être. La panique.

Tous ces réfugiés jetés sur les routes ici et ailleurs.

Aujourd’hui ce sont Eux qui s’en vont.

Demain peut-être ce sera Nous.

Eux et nous sommes identiques.

Il n’y a pas si longtemps c’étaient nous, du moins nos aïeux, qui étaient jetés sur les routes par l’arrivée des Nazis.

Je me rappellerai toujours l’émotion de cette vieille dame, autrefois petite fille effarée qui observait avec effroi cette exode de Français sur les routes.

Des dizaines d’années après, son émotion, sa douleur était intacte.

Il y a peu, d’autres Européens devaient tout quitter pour des raisons climatiques. C’est encore assez rare. Mais ce le sera de moins en moins et malheureusement ce sont les pays qui ont peu qui seront encore une fois les plus touchés.

Et nous ne faisons rien.

Nous laissons des fous jouer à la guerre avec des peuples qui n’ont rien demandé.

Parfois il est dur de focaliser sur le bonheur…

Amicalement, Joy

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