Petits gestes bloqués

Oui, je le reconnais, j’aurais pu le faire depuis longtemps.
Mais autant cela fait des années que j’emmène mon sac à pain (ou mon sac à viennoiserie) chez le boulanger (qui maintenant non seulement ne s’en offusque plus mais m’offre souvent des petites choses en plus (je le comprends, je dois lui faire économiser des euros en emballage !) (et c’est aussi qu’il est adorable (en plus de fabriquer du très bon pain, au sujet duquel je le complimente souvent))), autant, disais-je, j’emmène depuis longtemps mon sac chez le boulanger autant je n’étais jamais venue avec mes propres récipients chez le boucher.
Peut-être parce que j’y vais moins souvent, limitant ma consommation de viande dans un souci écologique (et de santé et d’économie budgétaire), et aussi parce que l’ancien boucher était tellement filou qu’il m’aurait fait probablement payer le poids de mon récipient au prix du kilo de viande. (« La tare, quelle tare ? »)
Bref, me voici pour la première fois chez le boucher avec mes petits récipients…
Il tend la main machinalement, les prends, puis me les rend : « Ah pardon je n’ai pas le droit. Pour des questions d’hygiène, et puis je n’ai pas la tare sur cette balance »…
Il a l’air navré.
Il est jeune, peut-être que le changement climatique le concerne réellement et qu’il pense que chaque petit geste peut être un plus pour sauvegarder notre planète, même si ce geste semble aussi ridicule que d’éviter d’utiliser des feuilles plastifiées pour emballer un produit ?
Il continue de me parler du sujet : la réglementation, le syndicat des bouchers qui a tenté de les faire fléchir mais non…
Depuis que j’ai appris les milliers d’euros dépensés chaque mois par les commerçants pour acheter des sacs plastiques et autres emballages, oui, je comprends bien quel est leur intérêt.
Mais l’intérêt est commun : nous vivons tous sur la même planète et où vont les emballages ensuite ? Sa feuille de papier, je l’ai jetée à la poubelle, forcément. Mon récipient, je l’aurais lavé et réutilisé…
Encore un petit geste bloqué…
Et cela me rappelle une réflexion qu’on me faisait : « Dans les nouveaux bureaux j’ai cherché partout : pas d’interrupteur. La lumière est allumée en permanence » ou encore « Pas d’interrupteur, pour éteindre la lumière il faut enchaîner un ensemble de gestes pour attraper un ordinateur, télécharger une application, renseigner des mots de passe et ensuite on peut éteindre la lumière »… Qui le fait ? Sincèrement ? Qui perdra 5 minutes pour éteindre une lumière dont il ne payera pas la facture directement ?
Encore un… Encore un geste bloqué.
Nos habitudes sont déjà compliquées à changer, alors que les décideurs nous simplifient la vie…
Moi je veux être et rester heureuse et cela sera compliqué sur une planète devenue une poubelle gigantesque sans énergie…
Amicalement,
Joy
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