Les événements

Shania raccroche le combiné du téléphone.
Elle ne serait pas habituée au manque d’amour de sa mère, elle pourrait en pleurer.
Cette dernière, après lui avoir promis d’assister à son mariage, vient de se décommander. Sans même lui en parler la première. Il a fallu que Shania l’appelle pour lui demander par quel train elle arrivait pour que son interlocutrice lui lâche un distant : « Ah, non, finalement, je ne peux pas venir… Je suis vraiment trop occupée ! »…
Atterrée, car après tout, on ne se marie pas tous les jours, Shania a eu le cran de poursuivre la conversation un moment. Et au fur et à mesure du bavardage insouciant de sa mère (qui n’a pas du tout réalisé combien elle l’avait blessée), elle a compris que si celle-ci ne venait pas à son mariage, c’est parce qu’elle souhaitait « que tout soit parfait » pour accueillir son fils, le frère de Shania, qui a décidé d’aller voir sa mère quelques jours…
Toujours cette préférence…
Depuis toute petite, Shania a toujours ressenti que sa mère préférait son frère. Le « garçon »… Comme si une fille valait moins qu’un garçon…
Et là, devenue adulte, elle revit régulièrement les mêmes humiliations, les mêmes petites vexations.
En discutant du sujet autour d’elle, elle s’est bien aperçue que, malheureusement, ce cas de figure était assez courant, que les mères des générations passées, comme pour pallier à la soumission dans laquelle leur éducation les avait maintenues, préfèrent leurs fils et rejettent inconsciemment leurs filles…
Mais quand bien même, les explications n’enlèvent rien au chagrin.
Et Shania sait qu’elle a beau connaître sa mère, il est dur de se sentir ainsi rejetée…
Sauf que…
Sauf que tout événement n’est tragique que par l’importance qu’on veut bien lui donner.
Si Shania le décide, elle peut tout à fait réagir en haussant les épaules et en passant à autre chose. Devant toute situation, nous pouvons accepter de nous sentir bouleverser ou, au contraire, choisir de ne pas réagir, de ne pas se laisser meurtrir.
Oui, sa mère préfère son frère. Oui, sa mère est revenue sur sa promesse d’assister à son mariage. Oui, sa mère se moque bien de ce qu’elle peut ressentir…
Et alors ? Pourquoi laisser le chagrin l’anéantir ? Pourquoi donner autant d’importance au comportement d’autrui, fusse-t-elle sa mère ?
Les événements peuvent être indépendants de nous, mais c’est bien nous qui leur donnons leur couleur.
Et nous avons le pouvoir de ne pas nous sentir blessés par eux.
Ce pouvoir-là est le nôtre. A nous de l’utiliser.
Amicalement,
Joy
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