Les enfants et la mort d’Autrui

En septembre 2012, j’ai perdu en quelques jours 3 personnes que j’aimais. En l’espace de 15 jours, j’ai assisté aux 3 enterrements.
Les 2 derniers ont eu lieu loin de chez moi, l’un le mardi, l’autre le lendemain.
Alors j’ai décidé de m’y rendre accompagnée d’un enfant de 2 ans. Nous irions ensemble puis nous reviendrions sur notre lieu d’habitation.
Ma famille s’est indignée : « On n’emmène pas un enfant aussi petit à un enterrement ! »
Mais j’ai persisté et nous y sommes allés, tous les deux.
L’horaire de notre train a fait que nous sommes arrivés juste à l’heure pour le premier enterrement. J’avais bien tout expliqué à l’enfant : un de mes oncles était mort, nous allions assister à une cérémonie pour lui rendre hommage, pour lui dire « Au revoir », et ensuite on allait mettre la boîte qui renfermait son corps dans un trou.
Je ne lui ai pas parlé de « montée au Ciel » ou autres choses de ce genre car je n’ai pas de religion. Pour moi, une personne qui est morte est morte, point final. Aujourd’hui, la lecture de milliers de témoignages d’Expériences de Mort Imminente fait que je ne sais plus quoi penser, mais à l’époque pour moi c’était clair : après la mort, il n’y avait plus rien que ceux qui restent à consoler.
Quand la voiture a commencé à rouler doucement depuis l’église jusqu’au cimetière, l’enfant a suivi, avide d’être au plus près de la « yature ». Spontanément, il avait pris la main de ma mère, la sœur du défunt. Comme s’il savait que c’était elle qui avait le plus de chagrin parmi les personnes qu’il connaissait le mieux. Sur le chemin du cimetière, il n’a fait que de lui parler de la voiture qui le fascinait, et encore aujourd’hui ma mère en sourit tendrement. L’espace de quelques minutes, elle avait oublié son chagrin… grâce à la naïveté divine d’un enfant.
Là, afin de pouvoir lancer librement une fleur dans la tombe, j’ai laissé le garçonnet quelques minutes à quelqu’un. Mais quand je les ai retrouvés, quelques minutes plus tard, l’adulte à qui je l’avais confié m’a dit que le bambin aussi avait voulu jeté une fleur. Alors il l’avait laissé faire. Après tout, tous les autres en lançaient une, pourquoi pas lui ? 😉
Emmener un enfant à un enterrement ne va pas, d’un coup de baguette magique, soigner la douleur de ceux qui ont du chagrin, mais cela peut apaiser tout le monde de voir que la vie continue. Et je suis certaine que loin d’être négatif, cette expérience est positive pour les enfants. Ils seront fiers de participer, d’être là, de faire partie de la communauté.
Et je rejoins le docteur Elisabeth Kübler-Ross : ce n’est pas parce qu’il nous a été enseigné la peur de la mort qu’il nous faut l’enseigner à nos enfants.
Amicalement,
Joy
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