Le copain Jamal

Fleur décorative

La rentrée des classes a eu lieu. Les enfants ont retrouvé leurs écoles, leurs professeurs, leurs cahiers et leurs copains.

Leurs copains habituels, mais aussi des nouveaux.

Ce jeune collégien me parle d’un de ces nouveaux. Jamal ceci, Jamal cela.

Jamal semble intéressant. Il vient d’un autre pays, d’un autre continent. Il parle plusieurs langues, a vécu sur plusieurs continents. Je m’enthousiasme déjà de tout ce qu’il doit avoir à raconter.

« J’ai hâte de faire sa connaissance », dis-je, « C’est dommage qu’avec le Covid-19 on ne puisse pas trop s’inviter les uns les autres car j’aimerais bien le rencontrer, ton Jamal ».

Moment de silence. Occupée comme toujours, j’ai presque oublié la conversation quand le collégien poursuit, hésitant. Il est trop gentil pour parler en mal, mais à vrai dire il n’a pas trop envie de l’inviter. « Pourquoi ? » je veux comprendre.

Il explique : ce copain est très sympa mais s’il a fait quelque chose de pas bien, il ne l’assume pas. Il accuse les autres pour ne pas reconnaître qu’il est en tort.

A vrai dire, je suis impressionnée qu’un jeune garçon sache exprimer ce trait de caractère chez les autres. Je félicite donc mon interlocuteur.

« C’est bien que tu t’en aperçoives, cela veut dire que toi-même tu cherches à assumer quand tu es en tort (ce qu’il fait, je le sais) et cela veut dire que jusqu’à présent tu as eu de la chance de n’avoir autour de toi que des amis qui faisaient comme toi. C’est assez rare, tu sais, même chez les adultes. Nombreux sont ceux qui, fautifs, se sentent acculés et refusent d’admettre leur faute. Et tu as raison, c’est vrai que ce comportement est plutôt désagréable ».

Le dialogue stoppe ici, de toutes façons, Covid oblige, ce n’est pas le moment de lancer des invitations. Alors on verra plus tard si Jamal arrive à se faire apprécier assez pour que son copain songe à l’inviter.

Mais j’y repense.

Pourquoi certains assument et d’autres nient et se cachent quand ils sont fautifs, quitte à accuser les autres ?

C’est d’ailleurs l’un des thèmes du roman « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur », que je lisais hier. Une jeune Blanche accuse un Noir, à tort, parce qu’elle est fautive.

Dans ce roman, cette jeune femme vit dans un milieu compliqué, sans mère et avec un père négligent et violent. C’est cela la clé : la confiance qu’on peut avoir dans notre entourage si on avoue.

Selon l’éducation qu’on a reçue, on va assumer plus facilement ses fautes ou pas du tout.

Je ne connais pas Jamal mais imaginons que son entourage familial soit violent. S’il fait une bêtise, imaginons qu’il se fasse frapper ou humilier. Aurait-il envie d’avouer ? Non, il développerait le réflexe de cacher sa faute… quitte à accuser un autre. C’est un réflexe de survie.

Tandis que celui ou celle qui est éduqué dans la bienveillance ne se posera pas la question : il assumera sa faute.

Le jeune collégien a été éduqué avec bienveillance. Il grandit et peu à peu il va découvrir d’autres cultures familiales que la sienne.

…et les comportements qui vont avec.

Amicalement,

Joy

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