La vie si fragile…

Cela fait plusieurs mois que je ne l’avais vue, et mon visage s’illumine de joie quand je la croise dans la rue. Par chance, nous disposons toutes les deux d’un peu de temps pour discuter.
La dernière fois que nous avons pu échanger quelques mots, elle était enceinte, en fin de grossesse, et elle travaillait encore, m’assurant que sa grossesse se passait tellement bien qu’elle pouvait tout à fait travailler sans problème, que tout allait bien.
Puis, deux mois plus tard, je l’avais aperçue de loin avec un landau donc je m’étais dit que tout allait bien, que le bébé était né…
J’entame donc la conversation sur ce sujet : « Est-ce que tout se passe bien avec le bébé ? »
Mais sa réponse n’est pas celle que j’attendais.
Oui, en effet, le bébé est né et il va bien, mais sa grossesse a été un calvaire et l’accouchement aussi…
Je m’étonne, ce n’est pas du tout le langage qu’elle m’avait tenue naguère…
Mon interlocutrice reconnaît m’avoir menti à l’époque pour ne pas m’inquiéter. Mais le bébé avait été diagnostiqué par les médecins comme victime de maladie grave et il devait absolument être opéré dès sa naissance. A peine né, il lui a donc été enlevé de suite, et les longs mois de grossesse ont été traumatisants pour les futurs parents, anxieux pour ce petit bébé pas encore né qui avait peu de chance de survivre…
Je suis choquée. Je sais que cela arrive, bien entendu mais…
Mais pas quand on m’a dit que tout allait bien, pas là, pas… Bref, je suis sous le choc, il n’y a pas de solution simple pour digérer ce genre de nouvelles. On sait que cela arrive, mais inconsciemment, on s’attend toujours que cela arrive « aux autres », pas à ceux qu’on aime et qu’on connaît.
Devant mon air atterré, la nouvelle maman poursuit :
« Oh, mais attends, le pire est à venir ! »
J’ouvre de grands yeux : quoi ? Il y a pire encore ?…
Oui, il y a pire… Et elle me raconte comment, de retour dans la chambre de la maternité, sans le bébé puisque parti pour être opéré, elle se trompe de boutons pour allumer la lumière de la lampe de chevet et « sonne » l’infirmière qui arrive dans sa chambre et qui lui demande ce qu’elle veut. Gênée, mon amie lui avoue qu’elle s’est trompée de bouton. Et, grâce au Ciel, l’infirmière profite de sa venue pour vérifier quand même que tout va bien… Elle appuie sur le ventre de la femme… et s’écoule aussitôt un amas de sang !
En fait, son corps n’avait pas compris que le bébé était né et continuait à « alimenter en sang l’utérus »… Elle avait perdu 3 litres de sang et, me dit-elle, s’est sentie « partir »…
Opérée en urgence, elle a trouvé quelques minutes pour appeler sa mère en pleurs et lui confier ses enfants, persuadée qu’elle allait mourir.
Bien entendu, puisque c’est elle qui me raconte l’histoire, je sais comment cela se termine : bien, elle ne meurt pas. La France possède probablement les meilleurs médecins et hôpitaux du monde. Mais quelle mésaventure !…
Je suis choquée, je ne m’attendais tellement pas à cette histoire.
Pourtant je le sais : la vie est si fragile. C’est pour cela qu’il faut en profiter, utiliser toute notre énergie à être heureux, à le rester, à rendre notre entourage heureux. Par un sourire, un petit rien. Mais qu’importe le reste ?
Amicalement,
Joy
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