Il y a un an…

Fleur décorative

Il y a un an, tu m’as appris le pardon.
Rancunière comme je suis, je t’en voulais toujours de mesquineries répétées qui m’avaient plongée dans le noir de la dépression.
Même si, par chance ou par volonté, j’avais vite retrouvé ma joie de vivre, je t’en voulais.

Mais ce lundi 17 septembre 2012, peut-être parce que mon inconscient savait que tu allais affronter une nouvelle épreuve terrible et que ton corps rongé par la maladie depuis 45 jours ne s’en sortirait peut-être pas, je t’ai pardonnée.

Comme cela. Ce fut juste une pensée : je te pardonne. Et ces mots m’ont traversé l’esprit : toi qui baignais toujours dans une culpabilité malséante que je ne comprenais pas, je t’ai dit mentalement « Va en paix. »
Je voulais que nos esprits se parlent, que tu comprennes que je ne t’en voulais plus et que tu pouvais cesser de culpabiliser sur ce sujet si jamais tu culpabilisais de cela, ce que j’ignore.

J’ai pensé t’envoyer un texto, unique lien qui te restait encore avec l’extérieur, cloîtrée avec tes souffrances dans cet hôpital. Mais je ne l’ai pas fait. Enfin, si je l’ai fait, mais je t’ai menti. Je voulais écrire « Je te pardonne, va en paix. ». Et j’ai trouvé cela suffisant de ma part. Qui suis-je pour pardonner ? Je ne suis pas Dieu. Alors à la place mes doigts ont tapé : « Dépêche-toi de guérir, nous ouvrirons le champagne à ton retour. »

Mais je savais que tu ne reviendrais pas. Même si, et c’était improbable, tu guérissais, tu ne reviendrais pas.

Le message est parti, c’était 08 heures. Le soir même, tu es décédée.

Je l’ai su le lendemain et cette nouvelle m’a déchirée de douleurs.
Déchirée parce que tu laissais un enfant très jeune derrière toi, qui ne connaîtra plus sa mère, déchirée car le cancer a été fulgurant, déchirée surtout parce qu’égoïstement je me suis retrouvée en toi.

Dix jours avant ton décès, au téléphone, ta voix s’est brisée pour dire : « Mais pourquoi moi? » et nous ne t’avons pas répondu, nous qui pensions : « Et pourquoi pas moi ? »…

Et tu es morte. Je suis allée à ton enterrement, te rendre un dernier hommage et surtout soutenir tes proches que je ne connaissais pas.
Puis j’ai continué à songer à toi, à ton enfant, à tes parents… Au fil des jours, la tristesse s’est atténuée, est devenue moins puissante.

Mais je continue à penser à toi.

Et pour que notre rencontre ne soit pas vaine, j’essaie de t’imiter sur les comportements où tu te débrouillais mieux que moi. J’essaie de sourire aux nouveaux visages avec ce sourire éclatant et cet enthousiasme qui te caractérisaient. J’essaie de les accueillir comme si je n’attendais qu’eux. J’essaie d’être un peu toi… pour que tu continues un peu à être là.

Amicalement,

Joy