La fresque du climat et …?

Me voici chez un nouveau client.
L’homme est très sympathique mais, comme un peu tout le monde en cette période stressée, il est débordé et n’est pas prêt à me recevoir pour le moment.
Il me désigne une chaise près de lui dans le grand open-space et me fait comprendre qu’il en a pour quelques minutes.
J’ai très envie de dégainer mon livre électronique et de reprendre la lecture que j’ai dû arrêter une fois mon transport en commun arrivé à destination, mais cela ne se fait pas. C’est comme cela.
Boire un café, c’est convenable.
Pianoter sur un smartphone en se donnant un air important aussi.
Mais pas lire un livre électronique.
C’est dommage.
Ne sachant pas quoi faire, je regarde autour de moi et découvre, affichée au mur, une grande « fresque du climat ».
Qu’est-ce donc que cela, me direz-vous ? C’est une immense affiche recouverte de photos reliées les unes aux autres avec des traits qui représentent la synthèse de trois heures de réflexion autour du changement climatique.
C’est à dire qu’un groupe de 4 à 8 personnes s’est retrouvé pendant trois heures autour de 42 fiches représentant par exemple « La hausse des températures », « Les industries », « Le déboisement », « Les crues », « Les inondations », « Les feux de forêt » et qu’ils ont utilisé ces trois heures pour classer ces cartes et réfléchir à leurs causes et à leurs conséquences.
Les participants ont collé ces cartes dans un certain ordre puis ils ont signé tout autour. Tout en bas de l’immense affiche, deux mots ont été écrit : « TROP TARD ? »
Je m’en amuse et j’interroge mon client : « C’est quoi ça ? »
Il lève les yeux de son ordinateur et me dit : « Oh… C’est la fresque du climat faite par l’équipe… » et il commence à m’expliquer le concept mais je l’interromps, car je sais qu’il est pressé : « Non, non, je sais ce qu’est une fresque du climat, mais ces deux mots ? »
« Oh… Il fallait choisir un titre. Tous les salariés doivent participer à ce genre d’atelier. Certains groupes sont optimistes et d’autres non… »
Il retourne à ses dossiers et moi à mon ennui. Après avoir analysé quelques instants la fresque, un rayon de soleil vient soudain me chatouiller.
Quoi ? Le soleil ? J’adore le soleil. Je tourne aussitôt le dos à mon client qui ne se soucie toujours pas de moi pour regarder par la fenêtre : oui ! Il y a du soleil !…
J’en suis ravie mais je constate alors qu’il y a peu de soleil. Très peu. La raison en est que presque toutes les fenêtres ont les stores baissés. Surprise, je m’interroge : pourtant avant l’arrivée des rayons solaires je n’ai pas eu l’impression d’être dans l’obscurité… Un coup d’oeil au plafond et je comprends : tout l’open-space est éclairé artificiellement.
J’ignore même s’il est possible d’éteindre cette lumière artificielle, les architectes actuels semblant détester les interrupteurs.
Un sourire narquois apparaît sur mon visage et je pense à l’argent dépensé par cette entreprise pour former tous ces salariés à la « fresque du climat » (car c’est obligatoire dans cette société, me confirme mon client).
Mais quel est le but exact ? Sensibiliser tout le monde au changement climatique et… à la nécessité d’économiser l’énergie ?…
Amicalement,
Joy
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