L’avion en papier oublié

Fleur décorative

Télétravail.

Des documents à scanner.

Comme de nombreux foyers depuis la pandémie, je suis équipée d’une photocopieuse qui fait également office de scanner donc me voici occupée à scanner.

Entre deux feuilles à scanner, mes yeux traînent et… C’est quoi cet objet en papier glissé le long de la photocopieuse et coincée contre le meuble adjacent ? Un avion en papier oublié.

Je ne me rappelle pas en avoir été l’auteur.

Dessus, deux mots : « Pour Tom ».

Tom est un petit garçon de ma connaissance qui vient parfois chez moi. Un autre enfant a dû lui offrir cet avion en papier.

« Pour Tom ».

Je ne sais pas pourquoi mais je pense à ces parents qui ont perdu un enfant.

Cela doit être horrible de retomber ainsi par hasard sur les 1001 petits détails qui nous renvoient à l’enfant aimé et disparu.

Enfin, je parle d’enfants car Tom est un enfant (pas disparu, Dieu merci) mais finalement la douleur de l’absence est la même pour tous. Que ce soit un adulte ou un enfant, qu’importe.

Et une scène me revient. Dans le premier film du 7e de la série Harry Potter (qui est en 2 volets si je me souviens bien), Hermione Granger part faire la guerre et elle efface la mémoire de ses parents.

Elle, l’enfant unique, par amour pour eux, leur fait oublier tous les souvenirs qu’ils ont d’elle.

L’enfant chéri n’existe plus. Le couple redevient couple sans enfant et oublie qu’ils ont eu une fille.

Le moment où traces d’elles s’évanouissent sur les photos par magie sont émouvantes.

Est-ce que nous pourrions avoir un jour ce genre de possibilité ? Est-ce que, sans souvenir de l’être aimé, nous serions mieux ? Est-ce que ce serait pire ?

La douleur s’effacerait. La douleur de l’absence de l’autre, si magnifiquement contée par Marguerite Duras dans son livre éponyme.

Plus de douleur.

Mais alors ?

L’autre ? L’absent. Ce serait peut-être comme si son existence avait été vaine ? Comme si sa vie n’avait pas eu lieu ?

Oui, mais d’un autre côté imaginez : plus de souffrance. Du tout.

« Les enfants ne me manquent pas » dit la femme à son époux.

« C’est parce que tu sais qu’ils sont heureux » répond le mari dont les enfants sont en vacances chez des grands-parents aimants.

Oui. L’absence est indolore si on sait que l’autre est bien. Ou quasi indolore.

Finalement il suffirait juste d’avoir la certitude que celui qui n’est plus est malgré tout là. Invisible et heureux.

Ce serait encore la meilleure solution.

Bénéficier du souvenir et ôter la douleur.

Amicalement,

Joy

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