Gratitude et passage dans une ville déprimante

Loin de chez moi.
A peine sortie du travail et c’est la nuit déjà.
Dans cette contrée, peu de soleil.
La lumière jaune sur les pavés des rues apporte un peu de chaleur, vite refroidie par tous ces recoins obscurs de part et d’autre.
Machinalement, j’ai le réflexe reptilien d’être sur mes gardes et je m’interroge soudain sur les statistiques sur le taux de viol dans cette ville.
Je ne suis ici que par hasard, un déplacement professionnel. Quelques jours et c’est tout.
Mais tout me semble si triste, si froid, si glauque !…
Mon réflexe auparavant aurait été de me lamenter et de pleurer sur mon sort : pourquoi m’a-t-on envoyée ici ?
Mais heureusement, j’ai « grandi » et même mon inconscient sait qu’il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé. 😉
Alors au lieu de me plaindre, je m’imagine à la place des habitants de cette ville : comment se sent-on quand on vit ici ? A-t-on envie de fuir ? A-t-on envie d’aller vivre ailleurs ? Ou bien a-t-on un cercle d’amis, des passions, quelque chose qui nous réchauffe le cœur et nous fait nous sentir bien ?
Il y a-t-il des coins merveilleux et secrets dans cette ville déprimante ? Ou bien ne faut-il la visiter qu’au printemps et en été ? Ses habitants hibernent-ils pendant plusieurs mois d’hiver et de froid ?
Et surtout, surtout, la question qui m’obsède est celle-ci : quelles sont leurs astuces pour réussir à être heureux dans cette ville ?
Je les imagine très « proches », très chaleureux entre eux, au sein de leur famille, de leur cercle d’amis… Du moins je l’espère pour eux car pour le peu que j’ai vu, cette chaleur ne s’est pas répercutée sur l’étrangère que je suis, contrairement à ce qu’on peut expérimenter dans d’autres endroits comme le Nord de la France par exemple (« Bienvenue chez les Ch’tis » n’est pas un mythe, les Ch’tis sont réellement chaleureux).
Me promenant au fil des rues, toutes plus déprimantes les unes que les autres, je ne peux m’empêcher de remercier ma bonne étoile :
« Merci de ne pas m’avoir fait naître ici… »
Et cette gratitude inhabituelle me fait rire, à la stupeur de ces personnes qui me regardent au chaud dans leur bus.
Mais oui, je suis heureuse. Heureuse de ne pas vivre ici, heureuse de ne pas avoir été « jeune » ici, heureuse de n’être que de passage.
Comme quoi, même dans l’adversité, on peut trouver du réconfort…
Il suffit de modifier sa façon de penser… 😉
Amicalement,
Joy
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