Deux heures de « souffrance »

Cette phrase entendue dans un train « ouigo » (les trains économiques de la SNCF qui parcourent de longs trajets pour un prix de base dérisoire) m’a amusée.
Un homme, visiblement muni d’un téléphone dont la batterie était vide, a apostrophé le contrôleur, réclamant une prise électrique pour recharger son téléphone.
Le contrôleur lui a expliqué qu’en achetant son billet il avait le choix de réclamer (et de payer) cette option, mais que c’était une option payante et que dans ce wagon il n’y avait donc pas de prise électrique à sa disposition.
Et l’homme de conclure : « Je me suis économisé 2 euros mais j’ai gagné 2h de souffrance »…
Cela m’a amusée car je me dis que si supporter 2 heures de notre vie sans accès au téléphone portable (et donc je suppose sans Internet, car rares sont les personnes aujourd’hui qui n’ont un téléphone que pour téléphoner) est assimilé à de la « souffrance », cela signifie quand même que nous vivons dans des sociétés édulcorées où tout est douceur de vivre…
Je doute fort que ce même événement soit assimilé à de la « souffrance » dans un lieu où l’on craint les bombes qui explosent, pour soi et pour ses proches. Dans un camp de réfugiés avec un accès limité à l’eau, à la nourriture et à la sécurité (sans même parler à l’intimité)…
Dans un de ces endroits de la Planète où l’on meurt de faim ou de soif…
Voire même dans une chambre d’hôpital quelconque où « souffrance » a une vraie place…
Non, là cet homme annonçait qu’il allait « souffrir » car il n’avait plus de téléphone… Une longue agonie pour ce pauvre homme sans téléphone pendant deux heures… 😊
Cela me fait sourire car… que faire d’autres ? Autant s’en amuser…
Me mettre en colère comme Guillaume Ancel, dans son magnifique livre « Rwanda, la fin du silence » ? Ceci dit je le comprends. Risquer sa vie tous les jours dans ce pays d’Afrique, être témoin de scènes de génocide… puis rentrer en France et se heurter à des copains se plaindre d’avoir passer un été « atroce » entre travaux et canicule…
Nous utilisons souvent un vocabulaire peu adéquat pour parler de ce qui n’est finalement que des soucis mineurs… Moi la première.
Mais si nous sommes objectifs, nous qui vivons dans cet univers édulcoré tout de douceurs et de richesses, ne sommes nous pas les « lucky ones » ? Les chanceux de cette planète ?
Plutôt que râler, peut-être pourrions-nous partager un peu plus notre chance avec ceux qui en ont moins ?
Amicalement,
Joy
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