C’est l’heure de dormir !…

En septembre 2012, cela faisait 8 ans que je travaillais à un mètre de distance avec une jeune femme. Elle était belle, elle était drôle et, sans crier gare, elle est morte.
Je l’aimais beaucoup.
Comme beaucoup, j’ai été sous le choc.
Les nuits suivant l’annonce de sa mort, j’ai beaucoup pleuré. Tellement que parfois le sommeil m’assommait, comme pour mieux me protéger. Alors je m’effondrais dans les bras de Morphée. Et là j’oubliais qu’elle était morte, j’oubliais cet affreux drame.
Une nuit, vers 4 heures du matin, je me suis réveillée. Et la réalité m’a frappée. A nouveau plongée dans la chagrin, je suis allée m’isoler dans la cuisine pour ne pas réveiller mon entourage.
Là, accroupie par terre, rongée par la douleur, j’ai pleuré. Douloureusement mais silencieusement. Je ne voulais pas réveiller la maisonnée. Pourtant, à ma grande surprise, la porte s’est ouverte doucement.
Je pensais voir arriver mon compagnon mais non. J’ai vu arriver l’enfant de 2 ans qui dormait chez nous. Un tout petit bambin.
Un enfant de cet âge n’a rien à faire debout à cette heure-là, et j’ai donc eu le réflexe de lui dire :
« Mais ?… Que fais-tu là à cette heure-ci ?… »
Et j’ai failli rajouter : « C’est l’heure de dormir, tu sais » mais les mots n’ont pas franchi mes lèvres : comment justifier que lui devait retourner au lit alors que moi j’étais éveillée, en larmes ?
Il est venu vers moi et je l’ai pris dans mes bras. Nous sommes restés de longs moment comme cela, l’un câlinant l’autre. Et pour une fois, clairement, c’était l’enfant qui câlinait l’adulte.
Puis je lui ai dit qu’il fallait retourner au lit. Je n’avais pas envie de dormir, encore bouffie de chagrin, mais il me fallait rester cohérente. Alors je l’ai bordé dans son petit lit et je suis retournée dans le mien…
En ce moment, je lis des livres de la doctoresse suisse Elisabeth Kübler-Ross, la gourou du « savoir accompagner des mourants ». Elle parle des enfants et de leur conscience aigüe de ce qu’il se passe. Elle conseille de ne rien leur cacher de la mort, contrairement à ce que nos sociétés occidentales font : cacher la mort à tous, adultes ou enfants.
Elle dit que les enfants ont une grande sagesse innée à ce sujet. Au vu de cette anecdote, je ne peux que lui donner raison…
Amicalement,
Joy
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