Autel

Je suis speed, comme toujours. Partie farfouiller dans ce placard pour récupérer je ne sais quel objet dont j’avais besoin, je m’apprête à en refermer la porte armée de mon butin quand mon regard se pose sur l’intérieur de celle-ci.
Je stoppe ma course.
Après tout, en quoi suis-je si pressée ?
C’est le week-end et j’ai tout le temps devant moi.
Alors du regard je caresse tendrement toutes ces photos qui me font face.
Ils sont tous là, ou presque. J’en ai forcément oublié quelques uns, mais ce n’est pas grave, car si leurs photos ne tapissent pas l’intérieur de cette porte de placard, ils ont malgré tout leur place en moi, dans mes souvenirs et dans mon coeur.
Même les plus pénibles d’entre eux.
Si, si, parce que certains pouvaient être pénibles. Ce n’est pas parce qu’ils sont morts que je vais mentir sur ce qu’ils étaient vivants.
Et cela ne change rien à la tendresse que je ressens pour eux.
Eux, ce sont mes morts. Les ex-vivants que j’ai connus et qui aujourd’hui ne le sont plus, vivants.
Et l’intérieur de cette porte de placard, c’est mon autel. Pas d’encens ni de bougie, pas de moment spécial comme dans le magnifique dessin animé « Coco ». Juste un lieu rien que pour eux : l’intérieur de ce placard.
Certains pourraient s’en offusquer, mais moi je suis ravie. Ils sont ainsi « avec moi », pas trop loin mais pas non plus présents de façon obstinée dans ma vie. A tout moment je peux ouvrir cette porte et admirer leurs visages, leurs sourires, et leur parler mentalement si j’en ressens le besoin. Mais leur présence n’est pas intrusive non plus et ne se fait pas pesante dans ma vie quotidienne. Ni dans celle de celui avec qui je vis…
Car ce sont « mes » morts. Pas les siens. Du moins pas tous.
Et comme mon cher et tendre est encore un peu englué dans la conception occidentale de la mort (celle qui fait peur et dont il ne faut pas parler !), je pense que la vision de ces photos le dérange un peu.
Me concernant, cela fait quelques années déjà que j’ai décidé de ne croire qu’en la religion et la spiritualité que je définirais moi. A savoir une vision joyeuse et colorée de la mort, comme dans le dessin animé « Coco ». Une tribu aimée et aimante partie dans un Au-Delà sympathique et à qui je peux envoyer tous mes meilleurs sentiments.
C’est cela mon autel.
Le plaisir de contempler des visages aimés et de les remercier d’avoir, à un moment ou un autre, traverser ma vie…
Amicalement,
Joy
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