10 minutes de marche

Moi qui suis plus habituée aux grandes villes, j’adore me retrouver dans cette petite ville de province.
A mes yeux, c’est un village charmant et dépaysant.
Aux yeux de nombre d’habitants autour de cette petite ville, cet ensemble de jolies maisons correspond « à la grande ville », avec ses commerces et ses services. 😊
Discutant avec une jeune femme habitant cette ville, nous partageons notre amour de cette ville de province. Elle la provinciale, un peu intimidée par la citadine (« la vraie ») que je suis, défend farouchement son lieu d’habitation.
Mais la défendre de quoi ?
En un sourire et quelques compliments sincères, j’enlève tous ses arguments : il n’y a lieu d’avoir aucune bataille. J’adore sa ville, j’adore y aller, j’adore me promener dans le centre, flâner dans la rue piétonne et m’approvisionner dans ses petits commerces.
Plus que nombre de ses habitants d’ailleurs, j’ai conscience que c’est en dépensant de l’argent chez eux qu’ils pourront survivre aux super et hypermarchés de périphérie.
Il n’y a donc pas de bataille à tenir : elle adore sa ville et moi aussi.
Elle me raconte donc combien elle est heureuse de pouvoir disposer d’un petit jardin, d’animaux, d’une vue sur la campagne environnante, de pouvoir se promener les jours de repos dans le silence le plus absolu.
Je suis d’accord, entièrement d’accord.
Puis la conversation part sur d’autres sujets, notamment sur le quotidien, les prix qui ne font qu’augmenter et notamment le prix de l’essence…
Et moi qui, vivant en ville (dans une « vraie » ville), aie la chance de ne pas avoir besoin de voiture, bénéficiant d’un transport en commun efficace et abondant, je me tais.
Je me tais car je n’ai rien à dire, je ne vis pas comme elle en province, obligée de conduire une voiture pour me déplacer.
Je l’écoute se plaindre, des places de parking qui se font rares, des règlements qui empêchent de plus en plus souvent de circuler dans les rues de la ville, de l’essence surtout, si chère, si chère…
Et puis elle me parle de son trajet quotidien.
Et là mon cerveau vrille.
Ai-je bien compris ?
J’ai dû mal comprendre.
Non, j’ai bien compris : mon interlocutrice travaille en centre-ville… et s’y rend en voiture.
Ce qui lui fait donc un trajet de 10 minutes de marche à pied.
Un trajet protégé des voitures, qui plus est, sur un petit chemin fort agréable que je connais bien, avec de nombreux arbres et oiseaux à admirer.
10 minutes…
Mais ce trajet piétonnier, elle ne le fait pas. Car elle y va en voiture.
En voiture…
J’avoue ne pas comprendre.
« Mais pourquoi ? » lui ai-je demandé.
Quand elle marche, elle a l’impression de perdre son temps, me répond-elle.
Je ne sais plus quoi répondre, je ne sais plus quoi dire. En réalité, je n’ose plus prolonger la conversation. Va-t-elle me dire que son précieux temps lui sert à regarder la télévision pour des émissions sur les arbres et les oiseaux ? Va-t-elle me dire qu’elle a besoin de ce temps pour conduire jusqu’à son club de sport, elle qui se refuse à marcher 2 fois 10 minutes dans sa journée ?…
Je suis abasourdie. Je me tais.
Je la laisse continuer à se plaindre sur le prix de l’essence…
Amicalement,
Joy
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