Une autre vision des cicatrices

Fleur décorative

Une drôle d’idée m’a traversé l’esprit l’autre jour concernant les cicatrices que nous, humains, pouvons avoir sur le corps.

Cette idée a germé en trois étapes.

Acte I : je marchais dans la rue quand j’ai aperçu la dame qui était devant moi. De dos. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait car je ne l’ai pas regardée elle tant j’étais occupée à fixer son manteau, magnifique, couleur crème avec une broderie de la même couleur pour l’enjoliver.

Je ne suis pas sûre d’aimer les broderies en général et là je me suis fait la réflexion que finalement, ton sur ton, c’était vraiment très joli.

Acte II : toujours dans la rue, quelques minutes plus tard, j’ai vu au loin une dame en jupe courte. Ce n’est pas le fait qu’elle soit en jupe courte qui m’a chopé l’attention, car, la chaleur exceptionnelle de cet automne (le moins chaud du reste de notre vie mais le changement climatique n’existe pas, c’est bien connu) faisait que ce jour-là tout le monde était vêtu légèrement. Ce qui a attiré mon regard, c’est qu’elle avait des tâches sombres sur les jambes. De loin, on aurait dit de la boue. Mais une boue qui tirait vers le bleu. Sachant que nous étions plus dans un quartier d’affaires qu’au bord de la mer, j’ai continué à fixer ses tâches en cherchant à savoir ce que c’était.

… c’était tout simplement des tatouages.

Alors je sais que les tatouages sont à la mode. Très bien. Moi je ne suis pas une grande admiratrice de cet art, mais qu’importe, chacun ses goûts. Mais là cela m’a surprise. Le fait d’avoir pu, de loin, confondre des tatouages avec des tâches de boue. Et j’ai pensé que cette dame serait sûrement un peu triste de savoir que ses tatouages qu’elle trouvait sûrement jolis pouvaient être confondus, de loin, avec des tâches un peu cracra.

Acte III : j’ai retrouvé ma vie professionnelle et une nouvelle cliente que je ne connaissais pas. Au cours de la journée, j’ai repéré de loin quelque chose sur son bras nu. Tatouage ? C’était discret. Je me suis approchée et vous avez déjà deviné : c’était une cicatrice.

Une assez grande cicatrice.

Et pourtant, je l’ai trouvée jolie.

Car en la voyant je me suis demandé si c’était une nouvelle sorte de tatouage, ton sur ton comme la broderie du manteau aperçu le matin même.

Un tatouage discret.

Non, c’était juste une cicatrice.

Comme je dis souvent ce que je pense quand ce que je pense ne risque pas de faire de la peine autour de moi, je lui ai dit que je trouvais sa cicatrice jolie.

La cliente m’a jeté un œil, surprise, et m’a répondu : « Merci, c’est gentil ».

Peut-être a-t-elle cru que je cherchais juste à être polie. Mais non, j’étais sincère.

Elle ne pouvait pas imaginer le processus intellectuel qui m’avait traversé depuis le matin, entre la broderie ton sur ton, le tatouage vu de loin et sa cicatrice, sorte de joli tatouage ton sur ton…

Qu’importe, cela prouve une fois de plus qu’il nous appartient à nous de changer notre regard.

Pour apprécier nos cicatrices.

Ou pour apprécier notre vie, tout simplement.

Amicalement,

Joy

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