Un ours aux pattes de velours

J’avais déjà lu un livre de Christiane Singer et je n’avais pas aimé cette lecture. Trop précieux, trop recherché, trop cultivé pour moi. Il me manque tant de références littéraires, religieuses, que je me heurte aux mots et je sens bien que parfois, le sens, les subtilités m’échappent…
Pourtant, une amie chère m’avait prêté « Où cours-tu ? Ne vois-tu pas que le ciel est en toi ? » et ce joli titre m’avait donné envie de retenter la lecture d’un ouvrage de cet auteur. Bon… 150 pages plus loin, à la fin de ce livre, je suis obligée de le reconnaître, cet auteur ne me correspond pas. C’était probablement une femme parfaite, très cultivée et très intelligente, mais je ne suis pas à la hauteur. Je n’accroche pas.
Pourtant, elle écrit aussi sur le bonheur, on devine à travers les mots qu’elle souhaite nous faire tous parvenir au bonheur d’être soi, mais j’avoue que je ne suis pas réceptive à son écriture, c’est comme cela.
Seul un passage me plaît. C’est une anecdote. Elle raconte comment elle recherchait un souvenir heureux auquel une femme atteinte de cancer et de dépression pourrait se raccrocher. Puis soudain, celle femme se rappelle un moment de son enfance :
« Dans l’orphelinat où mes parents ont dû m’abandonner pendant la guerre, je n’ai que mon ours usé jusqu’à la corde, râpeux. Une vieille infirmière lui coud aux pattes des débris de feutrine et me dit : « Que le reste de l’ours soit rugueux n’est pas si grave, mais quand la nuit, auprès de toi, il marche sur tes rêves, il lui faut des pattes de velours ». »
J’aime cette anecdote. Car j’aime imaginer cette ancienne petite fille, des étoiles dans les yeux, regarder d’un regard neuf son vieil ours en peluche élimé. Ce n’est plus un vieux jouet usé mais un doudou magique qui la nuit se transforme pour aller lui caresser doucement le visage de ses pattes de velours et pour veiller sur son sommeil…
J’aime la joie que je devine dans cette femme (dont Christiane Singer raconte ensuite qu’elle a guéri). J’aime cette infirmière, cet adulte qui prend le temps et qui trouve les mots pour réconforter un enfant que la guerre a séparé de ses parents.
Moi aussi j’ai des souvenirs d’adultes dont un geste, une parole, ont parfois ensoleillé mon ciel d’enfant. Et, devenue moi-même adulte, je leur voue une admiration sans borne. Et à mon tour, j’essaie de tendre une main compatissante vers un enfant qui tombe, j’essaie de trouver les mots pour soigner leurs blessures de l’âme.
Je ne le fais pas pour eux, je ne le fais pas pour qu’ils m’admirent. Je le fais pour moi. Parce que cela me rend heureuse…
Amicalement,
Joy
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