Le prince pris dans la glace

Fleur décorative

Il était une fois, dans un royaume très lointain, une reine et un roi qui n’avaient pas d’enfants. Ils étaient très tristes de ne pas avoir d’enfants. Ils firent alors de grandes cérémonies pour supplier les Dieux des saisons de leur accorder un bébé.

A l’automne suivant, ce fut le miracle : un joli garçon naquit.

Très heureux, la reine et le roi organisèrent de grandes réjouissances pour remercier les Dieux des saisons. Mais ils oublièrent d’exprimer leur gratitude tout particulièrement au Dieu de l’Hiver, période pendant laquelle fut conçu le petit Prince, car comme chacun sait, il faut neuf mois pour fabriquer les bébés.

Furieux, le Dieu de l’Hiver jeta un sortilège sur le petit Prince : à ses 15 ans, une grande tempête se lèvera et le Prince sera pris dans la glace éternellement !

Évidemment, comme dans tous les contes, il y avait un moyen de casser ce sortilège : qu’une Princesse lui donne un baiser d’amour…

Alors vous imaginez aisément la suite : la tristesse des parents quand ils entendirent parler du sortilège, leur manipulation pour cacher ce qui l’attendait à leur fils (car parfois les parents croient bien faire en cachant des choses à leurs enfants, c’est comme cela, il faut leur pardonner), puis leur oubli du sortilège au fur et à mesure que le temps passait et que le prince grandissait, fort et beau, joyeux et heureux de vivre.

Et quinze ans plus tard, le jour de son anniversaire, le prince décida de sortir faire une promenade le long d’un étang. C’était une chaude et belle journée d’automne, avec un beau soleil pour se réchauffer malgré un vent un peu frais, comme souvent en automne.

Mais, quand le jeune homme atteignit les bords de l’étang, la tempête se leva. Et, on n’avait jamais vu cela et on ne le verra plus jamais, des bourrasques glaciales gelèrent tout en quelques minutes. C’était comme si des copeaux de glace tombaient du ciel. Un blizzard terrible recouvrit la surface de l’étang et ses abords. Et quand il se dissipa, on put alors distinguer le prince… Il était figé dans la glace, entièrement congelé. Seul son visage bleuté ressortait d’un immense bloc de glace.

Quand ils apprirent la terrible nouvelle, la reine et le roi se souvinrent de la malédiction. Ils essayèrent par tous les moyens de briser la glace, de la faire fondre, mais il n’y eut aucun moyen : c’était une glace magique. Le sortilège était en place.

Ils étaient sur le point de se laisser aller au désespoir mais ils se rappelèrent le moyen pour briser le sortilège et demandèrent à toutes les princesses des environs d’aller embrasser leur prince, mais le Dieu de l’Hiver mettait sur leur chemin de nombreuses épreuves, et rares étaient celles qui parvenaient jusqu’à lui. Et là, soit elles refusaient de l’embrasser, terrorisées par son air cadavérique, soit leur baiser ne servait à rien car ce n’était pas un baiser d’amour.

Et les années passèrent…

Au fil des ans, la reine, le roi, et tous ceux qui étaient au courant de la malédiction moururent. Le royaume fut abandonné : qui a envie de vivre là où sévit une telle malédiction ? Les parents craignaient pour leurs propres enfants, et c’est bien normal. Vu ce que le Prince lui-même avait enduré, que risquait aussi leur progéniture ?

Ainsi, le prince resta là. Figé. Dans son bloc de glace face à l’étang.

Puis, un jour, une princesse passa dans le coin. Elle était partie en plein hiver pour faire un trek. Elle avait avec elle tout le matériel nécessaire pour camper dans la neige et le froid, car c’était une princesse très prévoyante. Elle ignorait tout du sortilège et, le jour où elle arriva le long de l’étang, le blizzard s’était levé. Elle ne distingua pas tout de suite le prince pris dans la glace. Soudain, une tempête de neige se forma, doucement au début. La courageuse princesse se dit qu’il fallait mieux s’éloigner, mais elle aperçut soudain la silhouette du prince. Elle crut qu’il était coincé dans la tempête et elle courut vers lui. Elle essaya de le dégager de la glace mais n’y parvint pas. Comme son visage bleuté était visible, elle se dit qu’il n’était pas encore mort, qu’il était encore possible de le sauver. Car rappelez-vous : elle ignorait tout du sortilège, et ne savait donc pas qu’il était impossible de briser la glace magique.

Quand elle compris qu’elle n’y arriverait pas facilement, elle se dit qu’il fallait le protéger de la tempête. Alors elle entreprit de construire une maison de glace tout autour du prince. Il faisait froid, la glace était dure et désagréable à manipuler, mais la princesse ne pouvait se résoudre à laisser là ce jeune homme qui, pensait-elle, mourait de froid dans la glace si elle ne faisait rien.

Alors elle construisit, avec beaucoup de peine, la maison de glace. Elle s’y installa aussi pour passer la nuit. Elle voulut partager ses provisions avec le prince mais ses lèvres congelées refusaient de s’ouvrir. La princesse ne savait plus quoi faire. Elle hésitait à partir demander de l’aide, mais elle ignorait quand elle trouverait des secours dans cette zone désertée par la population. Aussi elle resta là, jour après jour. Elle pêchait en journée pour s’alimenter, et elle essayait de briser la glace autour du Prince. En vain.

Le soir, elle avait pris l’habitude de lui parler. Elle lui racontait ses journées, son enfance, ses espoirs et ses rêves.

Les semaines puis les mois passèrent. Le printemps arriva.

La princesse se décida alors à aller chercher des secours. Mais, avant de partir, elle se retourna pour regarder une dernière fois le prince. Car, savez-vous, à force de passer autant d’heures près de lui, elle en était tombé amoureuse !…

Aussi, avant de quitter la maison de glace ce jour-là, elle déposa, délicatement, un baiser sur ses lèvres gelées…

Vous l’avez deviné, c’était un vrai baiser d’amour !… Aussi le sortilège se brisa et la glace aussi… Peu à peu, le prince sorti de sa torpeur et il découvrit son environnement et aussi la princesse qui était folle de joie.

La nouvelle ne tarda pas à se répandre. Le peuple revint dans le Royaume oublié pour célébrer cette bonne nouvelle. Et, comme on peut s’y attendre, le prince et la princesse décidèrent de se marier, n’est-ce pas ce qu’on peut attendre à la fin d’un conte ? 😉

Comme le prince était encore un peu fragile, ce fut la princesse qui géra les préparatifs du mariage. Elle organisa une cérémonie magnifique, et tout le monde était en liesse à l’idée de cette fête grandiose.

Et devinez-vous ce qu’il se passa ?

Le jour J, le jour du mariage, le Prince ne paru pas. Il s’était enfui.

Évidemment, tout le monde fut très déçu, et la princesse très triste. Elle pleura pendant 7 jours et 7 nuits. Elle repensait à tout ce qu’elle avait fait pour lui, tout ce temps à essayer de le réchauffer dans la maison de glace, tous ces préparatifs de mariage qu’elle avait dû gérer… Et parfois elle hurlait de rage et criait qu’elle aurait mieux fait de passer son chemin et de ne pas l’aider, cet ingrat ! Et parfois au contraire elle pleurait et se lamentait sur tout ce temps perdu avec lui. Tous ces mois passés près de lui, elle aurait pu les passer ailleurs, à rencontrer d’autres Princes, à trouver le Vrai, le Bon, le Prince Charmant. Celui avec qui elle aurait envie de construire un château et d’avoir des enfants !

Mais peu à peu, la princesse, qui était très intelligente, se rendit compte que c’était aussi un peu à cause d’elle que le prince était parti. Certes, il lui devait la vie, mais qui a envie de vivre chaque jour avec quelqu’un envers qui il a une dette aussi grande ? Qui a envie d’être ainsi, redevable ?

Homme ou femme, personne n’a envie qu’on lui rappelle jour après jour tout ce que l’autre a fait pour soi…

Et puis lui avait-on vraiment demander s’il avait envie de se marier ? N’avait-il pas dit « oui » par lâcheté ? Par ce qu’il croyait que c’était ce que tout le monde attendait de lui ?

Avec toutes ces pensées raisonnables en tête, la princesse cessa de pleurer et de se plaindre. Elle se mit même à rire, oui. Car elle se dit qu’elle avait vécu une jolie aventure et qu’elle serait heureuse de la raconter à ses enfants un jour, quelque soit le père de ses enfants.

La fin de l’histoire ? Oh, rien de bien spécial : la princesse se remit de son chagrin et continua à vivre une vie pleine de joies. Le prince, quant à lui, fit le tour du monde puis revint un jour demander la princesse en mariage car il s’était aperçu qu’elle était vraiment une jeune femme extraordinaire comme on n’en rencontre rarement. Mais elle refusa. Non par fierté, mais parce qu’il n’était pas fiable et qu’elle voulait avoir confiance dans le futur père de ses futurs enfants… Homme qu’elle rencontra un peu plus tard d’ailleurs… Au début le prince fut un peu jaloux mais il rencontra aussi une autre femme et tout alla pour le mieux. Ils vécurent donc tous très heureux et s’ils eurent beaucoup d’enfants, l’histoire ne le dit pas. 😊

Amicalement,

Joy

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